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Читать: Если душа родилась крылатой - Марина Цветаева на бесплатной онлайн библиотеке Э-Лит


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Ils ont pris

Les Tche`ques s’approchaient des Allemands et crachaient. (Voir les journaux mars 1939) Ils prenaient — vite et ils prenaient — largement: Ils ont pris les sommets et ils ont pris les treґfonds, Ils ont pris le charbon et ils ont pris l’acier, Et notre plomb, et notre cristal. Ils ont pris le sucre et ils ont pris le tre`fle, Ils ont pris l’Ouest et ils ont pris le Nord, Ils ont pris la ruche et ils ont pris le bleґ, Ils ont pris notre Sud et l’Est aussi. Vary — ils ont pris et les Tatras — ils ont pris, Ils ont pris le proche et ils ont pris le lointain, Et — pire encore que le paradis sur terre! — Ils ont vaincu — sur le sol natal. Ils ont pris les balles et ils ont pris les fusils, Ils ont pris les minerais et ils ont pris l’amitieґ... Mais tant qu’il y a de la salive dans la bouche Tout le pays est en armes.

Foret

On taille — tu as vu! — On taille, On taille! — Apre`s un che  ne — un che  ne. Abattu, il ressuscite. Elle Ne meurt pas — la fore  t. Elle meurt; la fore  t, puis Elle reverdit — a` la minute! — (La mousse — une fourrure verte) Il ne meurt pas, le Tche`que. Non pas des diables, qui poursuivraient un moine, Non pas le malheur — qui poursuivrait un geґnie, Et non pas l’avalanche, qui n’est pas un amas, Et non la vaste monteґe des inondations. Non pas le rouge incendie des fore  ts, Non pas le lie`vre — dans la colline, Non pas le roseau — sous l’orage, — Apre`s le fuhrer — les furies. Tu ne mourras pas, peuple! Dieu te garde! De ton cur tu as donneґ — le grenat, De ta poitrine tu as donneґ — le granit, Prospe`re, peuple — Dur comme les Tables de la loi, Chaud comme le grenat, Pur comme le cristal. Il est temps! Pour ce feu-la` — Je suis vieille! — L’amour — est plus vieux que moi! — De cinquante fois janvier, Une montagne! — L’amour — est encore plus vieux: Vieux, comme un pre`le, vieux, comme le serpent, Plus vieux que l’ambre de Livonie! Et plus vieux que tous les bateaux fanto  mes! Que les pierres, plus vieux que les mers… Mais le mal, dans ma poitrine — est plus vieux Que l’amour, plus vieux que l’amour.

Sur le cheval rouge

a` Anna Akhmatova Et grand ouverts, grand ouverts — les bras, Les deux en croix. Et renverseґe! Va, pieґtine-moi, l’eґquestre! Que mon esprit, jailli des co  tes, monte — vers Toi, Creґature De femme non terrestre! Pas la Muse, non, pas la Muse, Qui donc, au-dessus de mon pauvre landau Me berc  ait de chansons, Par la main — qui donc me conduisait? Pas la Muse. Qui donc reґchauffait Mes mains froides, mes paupie`res bru  lantes Qui les rafrachissait? Qui deґgageait les me`ches de mon front? — Pas la Muse, Qui m’emmenait a` travers les grands champs? — Pas la Muse. Pas la Muse, nulle tresse noire, nul bijou, Nulle fable — deux ailes cha  tain clair: voila` tout. Courtes — surplombant chaque sourcil aileґ. Torse harnacheґ. Panache. Lui n’a pas veilleґ sur mes le`vres, Ni beґni mon sommeil. Ni pleureґ avec moi Sur ma poupeґe briseґe. Tous mes oiseaux — pour la partance Il les la  chait — puis — l’eґperon nerveux, Sur son cheval rouge — entre les monts bleus De la deґba  cle fracassante. — Oh! les pompiers! Partout c  a hurle! Lueur du feu — partout c  a hurle! — Oh! les pompiers! L’a  me qui bru  le! Pas la maison, qui bru  le? La cloche d’alarme hulule. Vas-y, balance-le, ton bulbe, O cloche d’alarme! Pullulent Les flammes! L’a  me bru  le! Dansant des ravages du beau, Aux gerbes rouges des flambeaux J’applaudis — je bondis — rugis, De moi l’eґclair — jaillit. Qui m’a tireґe d’ou` c  a crache et gronde? Quel aigle m’a ravie? — Je m’y perds. J’ai sur moi une chemise — longue — Avec un rang de perles. Clameur du feu, cliquetis de vitres... Sur chaque visage, au lieu d’orbites — Deux brasiers luisent! — les lits s’eґplument! On bru  le! On bru  le! On bru  le! Craque donc, milleґnaire bahut! Crame, toi — magot, masseґ, reclus! Ma maison: souveraine au-dessus. Que souhaiter de plus? Oh! les pompiers! — Que le feu redouble! Fronts peintureґs d’or, tous — au fourneau! Incendie: oh! tiens debout, debout! Que croulent les poteaux! Soudain quoi — a crouleґ — si soudain! Un poteau? — Pas crouleґ! Vers le ciel — fol appel de deux mains — Et le cri: Ma poupeґe! Qui — me suivant — galope, deґvale, Me jetant un il-juge? Qui — me suivant — roule d’un cheval Rouge — a` la maison rouge? Un cri. De ceux qui passent le mur Du cri. La foudre, et lui: Brandit la poupeґe comme une armure, Droit comme l’Incendie. Tsar dresseґ parmi les feux fugaces, Et son front se laboure. — Je te l’ai sauveґe, — a` preґsent: casse! Et libe`re l’Amour! Soudain quoi — a crouleґ? Pas le monde, Non! Lui n’a pas crouleґ! Mais deux mains — suivant — l’eґquestre, montent D’une enfant — sans — poupeґe. Cruelle lune — aux volets s’ache`ve. Voila` mon premier ra  ve. Enlaceґs rudement. Plus bas: bruit du torrent. Monte a` nos pieds leґgers De l’eґcume envoleґe. Enlaceґs sans murmure: Les colonnes d’eґcume! Je suis tous ses harems, Il est tous mes emble`mes. Brusque entrelacs d’eґpaules: Flanc contre flanc, et paumes... A nos pieds deґchausseґs L’eґcume vient mousser. — Du pont... Chiche! Et sur l’heure! Que j’y lance une fleur... Il voit — et — simplement D’un bond — dans le torrent! Est-ce le pont, ou bien moi — qui tremble? Sang ou vague — en eґmoi? Glaceґe, je regarde — sans comprendre Ma vie — qui se noie. Qui soudain — d’un grand geste de cape Me jeta — vers les cieux? Qui soudain — rutilant, fit qu’eґclate Flamme rouge — en feu bleu?! L’eґclat. Du gouffre triomphe un son: Lui, d’un saut — souplement Soule`ve le corps comme un poisson Droit comme le Torrent. Tsar dresseґ parmi les flots pointus, Et son front se laboure. — Je te l’ai sauveґ, — a` preґsent: tue! Et libe`re l’Amour! Soudain quoi — s’est rueґ? Pas la trombe, Non! Nulle intempeґrie! Mais deux mains — suivant — l’eґquestre, montent D’une — sans — son ami! Noir mareґcage — aux volets s’ache`ve. Voila` mon nouveau re  ve. Nuit pourchassante — et pas d’autre voie: Le sang durcit. Fils! Creґation de ma hanche, toi, — Guide, conduis! Brave, en avant! — L’Esprit des Montagnes Est un, nous — deux. Seuls l’aigle ici et l’aurore gagnent. Nous — parmi eux. L’ouragan! — Les dieux repartiront, L’aigle en a peur... Plus haut, l’aneґ! — Ces hauts lieux seront Notre hauteur! Rongeant la poussiе`re d’ici-bas, J’enfante un fils — Et la Foudre Divine s’abat: L’aigle l’a pris! C’est a` pic et nu et noir la`-haut! Ses petits bras: deux barres. Qui donc, sinon Zeus dans son berceau — Tient l’aigle? Nul deґpart! Rire. En reґponse — ailes en furie, Griffes — perceuses: raides. Qui me suivant — et d’eґclairs fit fuir — Le tonnerre de l’aigle?! Ra  le. Un rugissement deґtoneґ A pourfendu les monts. Lui l’a leveґ comme un Premier-neґ, Droit comme l’Invasion. Tsar dresseґ parmi l’onde des nues, Et son front se laboure. Je te l’ai sauveґ, — a` preґsent: tue! Et libe`re l’Amour. Soudain quoi — a craqueґ? Le cur dur D’un bois sec: nullement! Mais deux mains — suivant l’eґquestre — d’une Femme — sans — son enfant! Cruelle aurore — aux volets s’ache`ve. C’est mon troisie`me re  ve. Feґvrier. Deґformeґs, les chemins. Folle neige — aux champs. Balayeґs, tordus — les grands chemins Par l’artel des vents. Tantot cretes que le galop couche, Et tantot — l’abrupt, A talonner l’Equestre-Le-Rouge, Ma route a son but. Tantot la`! A porteґe de la main! Taquin: — touche, va! Bras absurdement tendus; devient Neige — le cheval. Me`ches du panache dans les yeux? Ou saule, au virage? Eh! les marieurs! — Ni une, ni deux... Vents: au balayage! Balayez, amassez les obstacles — Plus haut que les rocs, Que son cheval au sabot d’attaque, Cloueґ la` — se bloque. Les vents eґcoutent — que plainte cre`ve, Et leur plainte cre`ve. Il court sa course rouge sans treve, Mon eґquestre reve. Me`ches d’ailerons qui s’emballaient? Ou saule, au virage? Tenez — haut, tenez — haut les balais! Vents: rage! A l’ouvrage! Que voila`? Quelle butte carreґe Emerge du sol? Comme si la tempete cabrait D’un coup cent coupoles. Chasse couronneґe: enfin, la pause. Deґja` mon front capte Le feu des fers, deґja` dans ma paume Le bord de la cape! En renfort, avec glaive et tonnerre, Le Tsar — Guerroyant! Mais le cheval se rue et — tonnerre Dans l’autel grondant. J’avance et trane, telle une meute, La troupe des vents. Les voutes ne figent pas l’eґmeute Des sabots sonnants. Messe d’un mort — rond grondement monte — Neige qui vrombit: Le trone est renverseґ! — Vide! Monde Sous terre — terni! Geignez, geignez, murmurez — les murs! Toi, neige, chahute! L’eґcume du cheval rend obscure L’aura des chasubles. Titube une coupole. Oh! croulez, Gloire et force et foi! Et mon corps s’eґcroule, eґcarteleґ — Les deux bras en croix. Immense lutte d’arcs-en-ciename = "note" tout Lustre aura claqueґ. Accepte-moi, toi — si pur, si doux, Pour nous, crucifieґ. A ta main vengeresse, on est lieґs? Accepte le feu! D’en haut: mais, qui sont le cavalier, Le cheval, — les deux? L’armure est sur lui — soleil qui brille!... — Vol abrupt! Volons! — La cheval — droit sur ma poitrine — Plante son talon. Cape de feu — aux volets s’ache`ve. Galop de feu — treve! Ni neige vrombissante, Ni balayage — balai. Ni panache emballeґ, — Saule, au virage. Ses me`ches grises balayeґes Deґmarche balanceґe, — sans bec d’aigle D’outre-nue, mais le nez fourreґ Dans l’eґpais nuage d’un chaudron, — Une bonne femme — Elle a dans les mains — Un chiffon. Verre a` l’envers sur bouteille pas finie On laisse — on y reviendra. — En quoi est-ce mon reve? Et le reve dit: Ton Ange ne t’aime pas. Premier tonnerre sur le crane — ou coup dur Sur le crane?! — Gens! Hola`! Front rongeant l’oreiller sec: ce coup de dire: Le premier: Ne t’aime pas! N’aime pas! — Tresses de femme: nul besoin! N’aime pas! — De bijoux rouges: nul besoin! N’aime pas! — Mais sur le cheval — sauterai! N’aime pas! — Sauterai — au ciel! O esprit de mes pe`res, secouez vos chanes! Vacillez, pins seґculaires! Eole! O esprit de mes pe`res, mes me`ches Doreґes, brouille-les! De l’air! Sur le cheval blanc, au devant des guerriers Allons, — sous la foudre des fers argenteґs! Voyons, voyons comment se bat cet altier Sur le Cheval-Dit-Le-Rouge! De bon augure: le ciel s’abat! L’aube ensanglante mon casque! Soldats! Jusqu’au ciel — encore un pas: Le grain crot sous la caillasse! En avant — par dessus le fosseґ! — Tombeґs? — Un rang. Au suivant — par dessus le fosseґ! — Tombeґs? — Encore Au suivant — par dessus le fosseґ! — Le glaceґ blanc Des cuirasses, qui sait: sang? Aurore? Soldats! — Quel ennemi — enfoncer? Dans mon sein un frisson chauffe. Peґne`tre, peґne`tre, eґpeґe d’acier, Un rayon — sous mon sein gauche. Murmureґ: tu es comme je t’ai voulue! Rumineґ: tu es comme je t’ai eґlue, Enfant de ma passion — sur — fre`re — future Sur le glacier — des armures! A nul autre — jusqu’a` la fin des temps! Mienne! Moi, les bras leve`s: Lumie`re! — Tu resteras, a` nul autre seras, — non? Moi, pressant sur ma plaie: Non. Pas la Muse, non, pas la Muse, Ni l’usure des liens Parentaux, — ni tes filets, O Amitieґ! — Pas une main de femme, — une feґroce — A serreґ sur moi le nud — — En force. Terrible alliance. — Moi, coucheґe dans le noir Du fosseґ — Le Lever est si clair —! Oh! qui m’a fixeґ ces deux ailes sans poids A l’eґpaule — Derrie`re? Teґmoin muet Des tempetes vivantes — Coucheґe dans l’ornie`re, Je lorgne Les ombres. Tant que Vers l’azur Ne m’emportera pas Sur le cheval rouge — Mon Geґnie!

Le poeme de la montagne

Liebster, Dich wundert die Rede? Alle Scheidenden reden wie Trunkene und nehmen gerne sich festlich… Holderlin

Dedicace

Que tu tressailles — Et tombent des montagnes, Et monte — l’ame! Laisse mon chant monter: Chant de l’entaille, De ma montagne. Je ne pourrai Ni la`, ni deґsormais Combler l’entaille. Laisse mon chant monter Tout au sommet De la montagne. 1 Cette montagne eґtait le torse D’un conscrit renverseґ par la mitraille. La montagne voulait des noces, Des le`vres vierges, un ceґreґmonial. Cette montagne — l’еxigeait. Irruption de l’oceґan dans l’oreille, Criant «hourra» d’un meme jet. Cette montagne errait et guerroyait. Montagne pareille au tonnerre. C’est en vain qu’on joue avec les titans! De la montagne — la dernie`re Maison au bout du faubourg: souviens-t’en! Des mondes — que cette montagne! Pour le monde il prend cher, Dieu est avide. L’entaille vint de la montagne. La montagne eґtait par-dessus la ville. 2 Parnasse, Sinaї? Non! Simple colline a` casernes, Rien d’autre — feu! vas-y! Bien qu’octobre et non mai, qu’y faire? Cette montagne-ci M’eґtait le paradis! 3 Paradis sur la paume offert — Qui s’y frotte, brule entier! — La montagne avec ses ornie`res Deґvalait sous nos pieds. Comme un titan avec ses pattes De buisson et de houx, La montagne agrippait nos basques Et ordonnait: — debout! Paradis — oh, nul b-a-ba, — Courants d’air: d’air troueґs! — La montagne nous jetait bas Et attirait: — coucheґ! Comment? C’est a` n’y rien comprendre: Propulseґs, eґbahis! La montagne eґtait consacrante Et deґsignait: — ici... 4 Perseґphone, pour ce grain de grenade... L’oublier en plein gel d’hiver?! Double coquille des le`vres qui tardent, Leur bord aux miennes — entrouvert. Perseґphone, pour un grain deґgradeґe! La pourpre opiniatre des le`vres, Et tes cils — pure brisure et, doreґe, La dent de l’eґtoile s’eґle`ve... 5 Ni erreur — que la passion, ni conte, Et nul mentir, mais: d’un jour! Ah! Si nous eґtions venus au monde En terrestres de l’amour! Ah! Si tout bonnement, d’un sens sur: Ca? — colline! Mamelon! (A l’attrait pour le gouffre on mesure, Dit-on, le niveau des monts.) Dans les touffes de bruye`re fauve, Les souffrants lots de pins... (... Le deґlire: au dessus du niveau De la vie.) — Prends, je suis tien! Heґlas! La famille douce, ronde, Les gazouillis qu’eux savourent... Puisque nous sommes venus au monde En ceґlestes de l’amour! 6 Lamentait la montagne (en terre tant reste Ame`re l’entaille ou` saignent les ruptures), Lamentait la montagne sur la tendresse Tenaillante de nos matins obscurs. Lamentait la montagne sur notre lien: Nos le`vres: parenteґ des plus imparables! Teґmoignait la montagne — qu’a` chacun Il serait du selon ses larmes. Et la montagne teґmoignait — camp tsigane, La vie! de cur en cur qu’on brade son temps! La montagne lamentait encore: Agar, Il la fit partir — avec l’enfant pourtant! Et la montagne teґmoignait — nous: jouets Du deґmon! Nulle intention dans ses montages! La montagne parlait, nous eґtions muets. Nous nous en remettions a` la montagne. 7 Lamentait la montagne — rien que tristesse Resterait du sang et brasier qui sont notres. Teґmoignait la montagne: elle ne nous laisse- Rait pas, ne t’admettrait pas avec une autre. Lamentait la montagne — rien que fumeґe Resterait de nos citeґs et au-dela`. Teґmoignait la montagne — nous: destineґs Aux autres (je n’envie pas ces autres-la`!). Lamentait la montagne — d’un poids affreux, Le serment qu’il est trop tard que nous reniions. Teґmoignait la montagne — vieux est le nud Gordien — devoir et passion. Lamentait la montagne sur notre entaille — Demain! Attends! Quand au-dessus de nos fronts Non la mort, — seul memento: la mer eґtale! Demain, quand nous comprendrons. Un bruit... Comme si quelqu’un tout simplement — Eh bien.... pleurait tout pre`s? Lamentait la montagne, seґpareґment Descendre il nous faudrait Dans la vie dont nous savons bien tous: bohe`me, Boue, bazar, et caetera... Teґmoignait encore que tous les poe`mes Des montagnes s’eґcrivent comme ca. 8 Cette montagne eґtait la bosse D’Atlas, — titan geґmissant qui tient bon. La montagne fera la force De la ville ou` de`s l’aube nous battons Nos vies comme cartes jeteґes! — Passionneґs, obstineґs a` ne pas etre. Ainsi que l’ours pour l’apreteґ De son cri, ainsi que les douze apotres Reґveґrez mon ingrate grotte. (Grotte — j’eґtais, ou` les vagues s’engouffrent!) De ce jeu la dernie`re porte, T’en souviens-tu — tout au bout du faubourg? Des mondes — que cette montagne! Les dieux se vengent de leurs simulacres. L’entaille vint de la montagne. La montagne eґtait sur moi seґpulcrale. 9 Passeront les anneґes, la pierre sus-dite En plate sera changeґe, oteґe. Alors notre montagne sera construite De pavillons, d’enclos — grignoteґe. On dit qu’en bordure, sur de tels coteaux L’air est plus pur et qu’il fait bon vivre. Et l’on se mettra a` tailler des lambeaux, A rayer de linteaux l’herbe vive, A niveler mes cols et tous mes ravins — A l’envers! Car il faut qu’un soupcon De maison entre dans le bonheur d’au moins Quelqu’un, — de bonheur — dans la maison! De bonheur, — dans la maison, d’amour deґnueґ De fiction et de tension des veines! C’est qu’il faut etre femme et le supporter! (Il fut bel et bien, quand tu venais, Le bonheur — dans la maison!) D’amour tranquille, Sans que rupture et couteau s’imposent. Des ruines de notre bonheur une ville Se le`vera — d’eґpoux et d’eґpouses. Et au bon air dans cette meme nature — Si tu peux — faute! Tant qu’il est tot! — Les boutiquiers pourront en villeґgiature Macher et remacher leur magot. Et d’inventer des couloirs courbes ou droits Pour que, brin a` brin, la maison — fut! Car il faut bien qu’au moins quelqu’un ait un toit Et un nid de cigogne au-dessus. 10 Jamais la montagne n’oubliera — le jeu Sous le poids de pareils fondements. Se perdre — on le peut, — la meґmoire: on ne peut: La montagne a montagnes de temps! Et ils comprendront! Que leurs yeux s’eґcarquillent Devant les crevasses obstineґes: Non pas monticule planteґ de familles, — Mais crate`re qu’on a deґclencheґ! On n’immobilisera pas le Veґsuve Par des vignes! Avec du lin on Ne tiendra pas un geґant! La folle eґtuve Des le`vres suffit afin qu’en lion Les vignes changeґes, se retournent soudain, Crachant sur vous des laves de haine. Vos filles seront rien moins que des putains Et vos fils eґcriront des poe`mes! Fille, eґle`ve un enfant naturel! Dehors, Fils! Livre-toi aux femmes du vent! Il ne vous sera pas donneґ, vous — les corps, De seґjour de plaisir sur mon sang! Plus dur que la pierre angulaire — voici Le serment d’un mourant qui deґfaille: Il ne vous sera pas donneґ, vous — fourmis, De bonheur d’en-bas sur ma montagne! Vienne un temps ignoreґ, — une heure incertaine, — Famille au complet — vous connatrez La montagne du commandement septie`me, — Montagne eґnorme, deґmesureґe.

Postface

La meґmoire a des effondrements, Les yeux sont recouverts de sept taies... Je ne te vois pas — seґpareґment. Un trou blanc — a` la place des traits. Sans indices. Trou, vaste paleur — Que toi, tout toi! (L’ame n’est que plaies, Pure plaie.) C’est l’uvre des tailleurs De marquer les deґtails a` la craie. Tout le ciel d’un seul tenant s’eґtale. L’oceґan: des gouttes le remplissent? Sans indices. Tout entier — speґcial — Lui! Complice est l’amour, non police. Pelage d’alezan, de moreau? Que le voisin le dise: il voit bien. La passion coupe-t-elle en morceaux? Et moi, suis-je horloger, chirurgien? Tu es un cercle entier — pleinement. Tourbillon — pleinement, bloc entier. Je ne te vois pas seґpareґment De l’amour. Signe d’eґgaliteґ. (Dans les touffes de duvet, la nuit, — Collines d’eґcume par rafales — La nouveauteґ eґtrange pour l’ouїe, Au lieu du «je»: le «nous» impeґrial…) Mais dans les jours eґtroits, indigents — «La vie, telle qu’elle est» — en revanche, Je ne te vois pas conjointement Avec aucune. — Meґmoire se venge.

Le poeme de la fin

1 Le poteau sur un ciel rouilleґ, Doigt hautain. Lui, posteґ au lieu deґsigneґ; — Le destin. Moins le quart. Ponctuel, non? — La mort N’attend pas. Exageґreґment de`s l’abord: Chapeau bas. Chaque cil d’un deґfi — chargeґ! Bouche: exclue. Exageґreґment deґgageґ, Le salut. — Moins le quart. Exact, non? Syllabes Sonnant faux. Le cur tombe: qu’a-t-il? Signal Du cerveau! Ciel des noirs preґsages: acier Et rouilleur. Lui, preґsent au lieu familier. Soir: six heures. Ce baiser: le`vres de boix! Bien Insonore! Tel qu’aux souveraines — la main, Tel qu’aux morts... Citoyen se preґcipitant: Les reins prennent. Exageґreґment lancinante, La sire`ne. Hurlante, ainsi qu’un chien rugit, — Bruit rageur. (Exageґration de la vie Quand on meurt). Soudain, — ce qui n’est qu’a` mi-corps — Jusqu’aux astres. (Exageґreґment, ou encore: Tout plus vaste). Mentalement: cher, cher. — Quelle heure? — Sept, disons. Au cineґma, ou bien? — Lueur: «La maison!» 2 Libre fratrie nomade, — C’est la` qu’on te menait! C’est l’eґclair, la tornade, Le sabre — son reflet, Ce sont les mots en foule Que d’effroi nous taisons. C’est la maison qui croule — Ce mot: maison. Cri de l’enfant perdu: Ma maison! Le tout-petit — son du: «Ma», «mes», «mon»! Mon fre`re en aventure, Ma fie`vre et ma fusion, On se rue hors des murs, Et toi — a` la maison! Cheval ruant rompt l’attache — Les cimes! — Corde en charpie. — Mais de maison, pas la trace! — Si, a` dix me`tres d’ici: La maison sur la montagne. — Plus haut, encore? — Au sommet. Au bord du toit, la mansarde. — «Qui ne brule pas du fait De la seule aube?» De`s lors, Vivre? — Poe`mes, raillez! Maison, c’est dire: dehors, Dans la nuit. (A qui narrer Ma peine, oh! a` qui ma perte? L’horreur violaceґe, qui l’ouїt?...) —Votre reґponse — enfin prete? — C’est un meґditatif: — oui. 3 Et maintenant — le quai. A l’eau Je me tiens comme a` un corps dur. Seґmiramis, ah! ils sont beaux Tes jardins suspendus, pour sur! A l’eau — rouleau de minerai Aux macabres enluminures — Je me tiens, comme a` son livret — La cantatrice, comme aux murs L’aveugle... Prise dans tes froids? Tu m’entends? — Je me penche (chiche?) A l’eґtancheuse-en-toute-soif Je me tiens, comme a` la corniche Le somnambule... Peur, mais pas Due au fleuve — suis neґe naїade! Prendre le fleuve pour le bras De l’aimeґ, quand il accompagne, Fide`le... Des morts c’est l’octroi! Oui, mais tous ne vont a` l’aurore... La mort a` gauche et coteґ droit — Toi. Mon flanc droit est comme mort. La lumie`re irradie d’un coup. Rire a` grelots de bricolage. «Vous et moi, il faudrait que nous... (Frisson)... Nous aurons le courage?» 4 La` un brouillard blond transhume, Vague d’un volant de gaz. Surchauffeґ, surenfumeґ, Et surtout — surjacasseґ: Ce que ca sent? Folle presse, Combine et copinerie, Cachotteries de commerce Ainsi que — poudre de riz. Ceґlibataires bagueґs, Jeunes vieillards aduleґs... Surmoqueґ, surricaneґ, Et surtout — surcalculeґ! En liquide et en espe`ces, Et le bec et la farine. ... Manigances de commerce Ainsi que — poudre de riz. (De profiname = "note" — ca la`, c’est notre Maison? — Pas moi la matresse!) L’un tout a` son cheґquier, l’autre Au chiqueґ d’un gant glaceґ. Celui-la` tout doux s’empresse Pre`s d’un petit pied verni. ... Epousailles de commerce Ainsi que — poudre de riz. Brisure d’argent: l’emble`me De Malte au carreau, — stellaire! Surcaresseґ, suraimeґ, Et surtout — surcompresseґ! Surpinceґ... (Il pue, le reste De mangeaille: dis merci!) ... Tripotages de commerce Ainsi que — poudre de riz. Courte, la chane? En revanche Pas de l’acier, du platine! Des troncs machent une tranche De veau, tremblant de leur triple Menton. Sur un cou conesque, Le diable — a` tete d’outil. ... Catastrophe de commerce Ainsi que — poudre de qui? Berthold Schwarz... Un homme doueґ — Et bienfaiteur de l’entourage. — Vous et moi, il faudrait que nous Parlions. — Nous aurons le courage? 5 Mouvement des le`vres. Je sais: Ne parlera pas le premier. — Vous ne m’aimez pas? — Mais si je.... — Vous ne m’aimez pas! — Et mineґ, Et liquideґ, eґlimineґ! (Regard d’aigle sur les parages) — Ca — la maison? Vous y pensez? — La maison est en moi. — Verbiage! L’amour, c’est de chair et de sang. Rougi de son sang qui s’eґtale. L’amour, il vous semble que c’est — Bavarder derrie`re une table? Un quart d’heure et chacun se rentre? Ainsi que ces messieurs et dames? Amour, cela veut dire... — Temple? Petit! Que l’on vous plante lame Apre`s lame! — Sous l’il braqueґ Des viveurs? (Et moi, a` l’ eґcart: «Amour, cela veut dire: arc Tendu: arc, corde: l’accord craque.») — Amour, cela veut dire — lien. Nous, tout est loin: bouches et vies. (Pas de mauvais il! — t’ai-je bien Demandeґ en cette heure intime, L’heure proche au sommet des monts Et de la passion. Memoria — Fumeґe! L’amour, c’est tous les dons Aux flammes — et toujours pour rien!) La bouche — fente de coquille Palie. Non rictus — inventaire! — Et avant toute chose — un lit Unique. — Abme! — avez-vous l’air De dire. — Tambour de la main. — Ce n’est pas deґplacer les monts! Amour, cela veut dire... — Mien. Je vous ai compris. Conclusion? Tambour de la main sans arret Plus fort. (L’eґchafaud et la place.) — Partons. — Et moi qui espeґrais: Mourons. C’est tellement plus simple! Les trucs a` bon marcheґ, suffit! Assez de rimes, rails, hotels... — Amour, cela veut dire: vie. — Non, les Anciens le deґnommaient Autrement. — Eh bien? — Le poing serre Un poisson — lambeau de mouchoir. — On y va? — Votre itineґraire? Cartouche, rails, poison — au choix! La mort — sans ameґnagements! — La vie! — En geґneґral romain, Regard d’aigle a` son reґgiment Deґfait. — Quittons-nous deґsormais. 6 — Je ne le voulais pas. Ou alors Pas cela. (En silence: eґcoute! Vouloir, c’est le propre des corps, De`s lors l’un a` l’autre — ames nous Voila`...). Et il ne l’a pas dit. (Oui, a` l’heure ou` le train se forme, Le triste honneur de la sortie, Vous le confiez aux femmes comme Une coupe...) — Qui sait? Deґmence? Meґprise? (De courtoise allure, Menteur confiant a` son amante L’honneur sanglant de la rupture Comme des fleurs...) Une syllabe Apre`s l’autre: eh! bien — quittons-nous, Avez-vous dit? (Comme qui lache Un mouchoir a` l’heure du doux Tumulte...) De ce combat-ci Vous etes le Ceґsar. (O gifle! Comme un tropheґe — a` l’ennemi Confier l’eґpeґe qu’on a remise Soi meme!). Il continue. (Monteґe Du bruit...) — Je m’incline a` nouveau: Jamais on ne m’a devanceґ Dans la rupture. — A toutes vous...? Et ne le niez pas! Vengeance Dont Lovelace serait fier. Geste vous honorant par chance, Et m’arrachant, a` moi, la chair De l’os. — Rire bref: perce la Mort. Geste. (Volition: a` bout! Vouloir, c’est le propre d’eux-la`, De`s lors l’un a` l’autre — ombres nous Voila`...) dernier clou, non, dernie`re Vis, car de plomb le cercueil — est. — La toute dernie`re prie`re. — J’eґcoute. — Pas un mot jamais Sur nous... a` aucun de ceux..., des Suivants. (De leur brancard ainsi Les blesseґs au printemps — leveґs!) — Je l’aurais demandeґ aussi. En souvenir si je vous donne Un anneau? — Non. — Grand regard vague De qui s’absente. (Mets-moi comme Un sceau sur ton cur, une bague A ta main... Theґatre: pas trop! Avalons!) De biais et tout bas: — Plutot un livre? — Comme aux autres? Du tout! Non, n’en eґcrivez pas, De livres... Donc pas la peine. Donc pas la peine. Donc pas de pleurs. Dans nos fratries D’errants pecheurs —Nuls pleurs, on rit! On boit — nuls pleurs! Chaleur du sang Qu’on paie — nuls pleurs! Perle qu’on fond — Dans le vin! Monde — Ou’on fait! Nuls pleurs! — Ainsi, c’est moi qui pars? Mes yeux Le traversent. Arlequin jette Un os — la plus ignominieuse Des primauteґs — a` sa Pierrette Pour sa fideґliteґ: l’honneur De la fin. Geste du rideau. Vocable dernier. En plein cur Un doigt de plomb: meilleur, plus chaud Net... Dents planteґes En pleines le`vres. Ne pas pleurer! Le plus muraille — Dans le plus pulpe. Mais — pas pleurer! Fratrie d’errants: On meurt — nuls pleurs! Bruleurs — nuls pleurs! Cendres et chants Cachent le mort Chez nous, errants! — La premie`re? Le premier coup? Les eґchecs, en somme? Il faut dire Que meme a` l’eґchafaud on nous Appelle les premie`res... — Vite Ne me regardez pas! — Regard — (Elles, par cascades deґja`! Que faire pour qu’elles regagnent Les yeux, le dedans?)... De ne pas Regarder!!! Voix forte et claire, Yeux en arret: — Partons, mon cher, Je vais pleurer! Ah! oui! Parmi les tirelires Vivantes (commercants — complices) Une nuque blonde va luire: Colza, houblon, seigle et maїs! Bafouant tous les commandements Du Sinaї — amazonante Toison! — Chevelure-diamant, Golconde des apaisements (Pour tous!). Dame-nature abonde En biens! Avare: pas toujours! Chasseurs, de ces tropiques blonds Ou` est le chemin du retour? Une nuditeґ qui exsude Le vulgaire, agrippe — adipeuse. Ce ne sont que flots de luxure, Fulminante d’or et rieuse. — N’est-ce pas? — Froleur et friseґ Le regard. Chaque cil — la gratte! — Et avant tout: pareil fourreґ! Geste tourniquant en torsade. O geste arrachant rien qu’a` lui Les habits! Plus simple que boire Et manger — rictus! (D’un salut Existe, heґlas, pour toi l’espoir!) Bon! surement ou fre`rement? Une alliancante — alliance! — Rire, N’ayant pas enterreґ vraiment! (Et, ayant enterreґ, — je ris!) 7 Puis — le quai, le dernier. Plus tard: Fin. Seґpareґs, priveґs de main, Voisins se tenant a` l’eґcart, On va. Du coteґ du fleuve — un Sanglot. Je le`che sans alarme Le sel du mercure en bouillons: Le ciel a eґpargneґ aux larmes La grand-lune de Salomon. Poteau. Jusqu’au sang s’y cogner Le front! Qu’il se fracasse! En poudre! Co-meurtriers eґpouvanteґs, On va. (La victime — l’Amour.) Arrete! Deux s’aimant — dormir Avec d’autres? Seґpareґment? — Vous comprenez que l’avenir Est la`-bas? — Moi: renversement! — Dormir! — Le couple a` la mairie... — Dormir! — Ni meme pas, ni meme Rythme. — Prenez mon bras, — je prie! On n’est pas des bagnards en chane... Deґcharge. (Main sur main — en fait! Son ame sur ma main!) Comme arme Qui charge, au long des fils en fie`vre Fait rage, — sa main sur mon ame! Gage. Iriseґ: tout! Plus iris Que les larmes? Collier-rideau De pluie. — Qu’un quai ainsi finisse — Jamais vu! — Le pont: — Bien? (de dos) Ici? Le-veґe des yeux Calmes. (Pret — le convoi.) Jusque chez vous, je peux... Pour la der-nie`re fois! 8 Le der-nier pont. (Ma main: que moi, je la deґgage? La rende? — Non!) Le dernier pont, dernier peґage. L’eau et les cieux. Pie`-ces pour la mort — eґtaleґes. Un sou gracieux Du a` Charon pour le Leґtheґ. La pie`ce est d’ombre, D’ombre — la main. Pas un bruit quand Ces pie`-ces tombent. Et donc, d’ombre est la main qui prend La pie`-ce d’ombre. Sans un reflet, sans un eґcho. Pie`-ces — aux tombes! Les morts ont assez des pavots. Le pont. Des-tination Des amants sans espoir, haut centre: Pont, toi — passion: Convention: rien que «passage-entre». Moi — comme au nid Tapie, la cote — je m’y serre. Ni avant, ni Apre`s: L’espace d’un eґclair! Ni jambes, ni Bras. Le treґfonds des os l’atteste: Seul mon flanc vit, Que, contre le voisin, je presse. Tout dans le flanc! La vie! Lui — la veille et l’oreille! C’est jaune et blanc Colleґs! A l’esquimau pareille, — Presseґe, colleґe A la fourrure. Et vous, Siamois! Quoi? Vous — lieґs?! Cette femme-la`, souviens-toi, Maman — tu lui Disais: dans son triomphe quiet, Et toute oubli, Elle te portait, mais — moins pre`s! — Communs! Conjoints! Vois nos jours! Tu m’as berceґe contre Ton cur! Plonger? Non! Lacher ta main — Qu’on n’y compte Pas! Et blottie, Blottie... Inarrachablement. Pont: non — mari: Amant! — Pur «passage-devant». Tu nous fais vivre, Pont! Nos corps: pature du fleuve! Givre a` la vitre, Hutre: m’extirpent — ceux qui peuvent! Hutre! A la vitre, Givre! Ni divin, ni humain! Me je-ter vive, Comme une chose, moi, dont rien Du monde faux Des choses, n’a eu le respect! Je reve: il faut! C’est nuit! Dis qu’au matin, apre`s: L’ex-press et Rome! Grenade? Saurais-je ou` je vais, Dans le deґsordre Des Himalayas de duvets? Bre`-che, trou sans Neige: mon dernier sang la chauffe. Entends mon flanc! Les vers — c’est tellement plus gauche... Dis, reґ-chauffeґ? A qui te loueras-tu demain? Raison: faucheґe! Dis que le pont n’a pas de fin Et n’en au-ra pas... — Fin — Ici? — Geste incolore, D’enfant. — Bien? — Je le bois. — Un petit peu en-core: Pour la dernie`re fois! 9 Au long d’usines reґsonnantes, Vibrant a` l’appel des voix... Sous la langue le secret hante Femmes et veuves, — a` toi voi — — la` je dis le secret de l’etre Qu’Eve a` l’Arbre a celeґ, vivante: Je ne suis pas plus qu’une bete Que quelqu’un a blesseґe au ventre. Ca brule... L’ame qu’on arrache Avec la peau! Au trou! Fumeґe! Partie, l’heґreґsie-grand-panache, L’ineptie, — «ame» deґnommeґe! Chreґtienne, terne infirmiteґ! Fumeґe! De compresses — couvrir! Elle n’a jamais existeґ! Etait — le corps, il voulait vivre, Ne veut plus. Pardonne-moi! Je ne voulais Pas! Clameur des fonds eґventreґs! Condamneґs attendant qu’on les Fusille, — devant l’eґchiquier Au petit jour... Le judas comme Pris d’un rictus narquois — pour nous! Car c’est bien des pions que nous sommes! Et quelqu’un la` — mais qui? — nous joue. Brigands? Ou dieux au bon vouloir? Tout englobant par le judas — L’il. Cliquetis dans le couloir Du deuil. Planche leveґe — deґja`! Puis, la bouffeґe de cigarette. (Crachat.) — On a veґcu un coup! (Crachat.) Chemin droit qui s’arrete Sur les trottoirs du jeu — au bout: Fosseґ! Saigner! Par la lucarne: C’est l’il de la lune qui point... Et sur le coteґ je regarde, Pencheґe — que tu es deґja` loin! 10 — Notre cafeґ! — Frisson Unique — a` l’unisson! Notre e`glise! O lot! Couple d’un jour, tre`s tot, Vagabonds sans adresse, On ceґleґbrait la messe. Le bazar, la lavasse, Autre rive et printemps... Un cafeґ deґgueulasse, — C’eґtait du foin vraiment! (C’est l’ardeur des chevaux Qu’avec le foin on mate!) D’Arabie — il s’en faut! — D’Arcadie, l’aromate Dudit cafeґ... Mais comme la patronne, Nous ayant attableґs, Souriait, habile et bonne, — Et les eґgards d’embleґe Des amantes blanchies: Vivez! On fane, un jour! Sans-le-sou, — nos folies, Baillements, — a` l’amour Souriant, — a` la jeunesse! A nos rires — pour rire, A l’ironie — sans cesse, Aux visages — sans rides, — Surtout — a` la jeunesse! Aux passions — pas d’ici! Venant d’ou`? — qui se presse, Venant d’ou`? — qui jaillit Dans le cafeґ blafard: — Les burnous et Tunis! — Aux muscles, aux espoirs Sous nos chasubles tristes... (L’ami, qu’on ne me plaigne Pas: tant de cicatrices!) Et nous raccompagnant, Avec son bonnet lisse Et le linge hollandais... A mi-souvenir, mi-comprendre, Comme de la fete enleveґs... — Notre rue! — D’autres vont la prendre... — Que de fois nous!... — Loin, ses paveґs... — Demain de l’Ouest le soleil part! — David avec Dieu rompt les liens! — Et nous, au juste? — On se seґpare. — Il ne me dit strictement rien Ce mot superabsurdissime: Seґ-pa-ra-tion. — Une sur cent? Un mot composeґ de dix signes: Rien que le vide sous-jacent. Attends! La Tcheґquie nous eґgare! En serbe ou croate — on le dit? Seґ-pa-ra-tion. On se seґpare... Surabsurdissime anerie! Oreilles: deґchirement brusque A ce son — et l’angoisse plus loin... Seґparation — ce n’est pas russe! Pas feґminin! Pas masculin! Pas divin! Quoi! Nous — des brebis Baillant qu’on disperse au repas? Seґparation — en quel sabir? De sens, ca n’en a meme pas, Ni de son! Bruit creux d’une scie, Par exemple, pour un dormeur. Seґparation — ce sont des cris De rossignols, martins-pecheurs Chez Khlebnikov... Est-ce possible? Reґservoir videґ — voila` l’air! La main contre l’autre — est audible. Se seґparer — c’est le tonnerre Sur la tete... Dans la cabine L’oceґan! Le cap — le dernier D’Oceґanie! Rues — trop a` pic: Se seґparer, mais c’est au pied De la montagne... Pied pesant: Deux soupirs... Paume — sans retard, Et clou! Argument renversant: Se seґparer — c’est etre a` part, Or nous sommes soudeґs... 11 Perdre tout en un tour — Net! Plus rien! Banlieue, faubourg: des jours C’est la fin. Finis — silex, deґlices, Nous, jours et eґdifices. Villas vacantes! (— Me`re ageґe): Meme respect pour celles-la`! Car c’est une action que — vaquer! Le creux ne vaque pas. (Villas vacantes a` moitieґ, Mieux vaudrait vous bruler!) Pas trembler, la blessure Inciseґe. Banlieue, banlieue: coutures Deґchireґes. Car l’amour — (sans enflure Superflue) — est couture. Ni mur, ni pansement, — couture! — Pas d’armure pour toi! Couture: le mort cousu dur En terre, et moi — a` toi! (Le temps dira de quelle trempe: Preґcaire ou reґsistante!) En tout cas, l’ami, — deґchirure! Mille eґclats et deґbris! Fracas! Encore heureux (— cassure!) Qu’elle n’ait pas pourri! Pas d’infection! Rouge — la vie Veineґe sous le bati! Oh! ne perd pas qui rompt En force! Banlieue, faubourg: des fronts Le divorce. Cerveaux — au vent! (Dans les Peґripheґries — gibets). Oh! ne perd pas qui rompt et part, A l’heure ou` l’aube point! Une vie cousue pour toi, tard, Sans bati, par mes soins. Tordue? Pas de griefs! Faubourg: Rupture des coutures. Ames sans appret: plaies Partout!... Banlieue, faubourg... Ample est Le courroux Du faubourg. Entends le destin, Sa botte dans les flaques De boue!... Ami, juge ma main Qui coud en toute hate: Le fil — va le deґfaire! Le der-nier reґverbe`re! Ici? La magie gagne — Regard. (Races qui croient: Regard). — Sur la montagne? Pour la der-nie`re fois! 12 — Collines. Crinie`re Drue: pluie dans les yeux. Le faubourg — derrie`re, On est en banlieue, On est. Mais qu’en faire? Maratre-vireґe, Plus de lieu sur terre. Nous, ici: crever. Un champ. Haie autour. Fre`re et sur — nous deux! La vie est faubourg. — Construis en banlieue! La cause est, messieurs, Perdue! — Inutile... Des faubourgs — rien qu’eux! Mais ou` sont les villes?! La pluie rage et broie. Debout, nous — deux etres: Rageons. En trois mois Premier tete a` tete. Emprunter — c’est a` Job que voulait Dieu? Mais sans reґsultat... On est en banlieue! A l’exteґrieur! Hors! Hors de la ville! Remparts franchis! Tu comprends? Vivre est un lieu ou` c’est impossible: Le quar-tier juif, du dedans... Et ne vа-t-on pas le front plus haut, En devenant juif errant? Aux yeux de qui n’est pas un salaud, Le po-grome juif eґtant La vie. Ne vit que grace aux nombreux Reneґgats! Grace aux Judas! Plutot sur les les de leґpreux, En enfer! — mais pas dans la Vie, — que pour les reneґgats, que pour Le bourreau: a` lui — la brebis! Le droit a` ma carte de seґjour Je le pieґtine! J’en ris! Pieґtineґ! Bouclier de David — Vengeґ! Viser dans la glu Des corps! N’est-il pas enivrant: vivre — Le Juif ne l’a pas voulu?! Ghetto des eґlites! Au trou! Tiens! Pas de pitieґ! Que des gifles! En ce monde-ci hyperchreґtien Les poe`tes sont des Juifs! 13 Aiguiser les couteaux sur Le roc, ou bien balayer La sciure! De la fourrure Sous les mains — mouilleґe! Eh bien!, les surs, quoi?! — Force et seґcheresse D’homme! Sous les doigts — Larmes, non averse! De quels charmes maintenant Parler? Sur tes biens — l’eau trone! Apre`s tes yeux de diamant, Me ruisselant sous les paumes, Fin de la fin. Cesse Pour moi — le naufrage. Caresses, caresses Le long du visage. C’est notre orgueil a` nous deux — Polonaises, a` nous autres — Marina. Apre`s tes yeux D’aigle pleurant sous mes paumes... Mon ami, tu pleures! Pardon! Tout est mien! O sel et rondeurs Au creux de la main! Larmes d’homme sont brutales. Sur le crane — la massue! Pleure! Et reґpare plus tard La honte avec moi perdue. U-ne mer relie — Les poissons! Se le`ve: ... Coquille sans vie, Le`vres contre le`vres. En larmes. De l’oseille — Au gout. — Demain Au reґveil, Moi — ou`? 14 Le sentier a` moutons — Descend. Ville en vacarme. Vers nous, trois filles vont. Elles rient. Face aux larmes Elles rient, — plein midi Terrestre, hautes cretes Marines! — Elles rient De tes larmes abjectes, Indues, d’homme!, visibles Dans la pluie: plaies strieґes! Perle honteuse qu’exhibe Le bronze du guerrier. De tes larmes, — oh! verse! — Premie`res et dernie`res. Tes larmes, ces perles Que ma couronne acquiert. Mes yeux leveґs — exprе`s! Ils traversent l’averse, Fixes. Fixez plus pre`s, Poupeґes de Veґnus! Reste Ce lien-ci plus eґtroit Que l’attrait et l’eґtreinte. Le Chant des Chants nous doit La parole — on l’emprunte, — Obscurs oiseaux: contraint, Salomon s’eґmerveille, Puisque pleur en commun Est bien plus que sommeil! Lui — ployeґ, eґgal — passe Les creux d’ombre en arceaux, En silence, sans trace — Comme sombre un vaisseau.

Envoye de la mer

Par le vent nord-sud, Je sais: pas possible! Possible — j’en use! En engin mobile, — Tourniquet d’air: lutte Chassant les copeaux — Reve: trois minutes De dureґe. Presto! Qu’importe a` quel cou Tu dors. Trois minutes. L’Oceґan — Moscou: Trop long — inutile! Fulgurant trajet Reґserveґ: sans frein! De mon reve j’ai Sauteґ dans le tien. Tu reves de moi. Clair? Flagrant? Plus net Que sous la paroi D’un timbre? Une lettre — Je vaux? Un cachet — Je vaux? A ton greґ? Je le jure: c’est Moi, pas du papier! Des murs de ceґsure Libre. Du bord: saut! Exempt de censure, Exempteґ de sceau. Tous berneґs, pantois, — Cursive du reve — De la mer a` toi — Missive si bre`ve! Si bre`ve deґpeche. Mon poids? C’est a` rire! Quel qu’il soit — n’empeche Rien: avec ma lyre Entie`re, le loin, Les Cenci, leurs drames. Un reve, c’est moins Qu’un pli de dix grammes. Six: pour chacun — trois (Le reve est mutuel) Tu regardes, — vois! Pas imperosonnel — Le nez, forme d’un teґ — Le front, ancien signe — Rien a` ajouter — Des le`vres qui signent. C’est moi — sans la glose, C’est moi — sans rature. Poigneґe — o de roses Des Alpes!, masure A la mer, pourtant Vagues — bien gentilles. Tiens — de l’Oceґan: Poigneґe de coquilles. Prends-les peu a` peu a` leur place en rond. La mer jouait. Jouer — c’est etre bon. La mer jouait, et moi je les prenais, La mer perdait, et moi je lеs posais Dans l’antre, dans ma joue — apre, salin! Bonne bote — la bouche, si les mains Sont prises. Vive toi, lame! Renais! La Muse perdait, la vague prenait. Coraux de crabes — comprendre: coquilles. La mer jouait, jouer — betes broutilles! Penser — me`che d’argent! — Intelligent! Jouons! Aux coquillages. Air: «Petit navire». L’un — en forme de cur, l’autre de lyre, Trois tas: la cleґ de sol De l’enfance — en survol. L’ai ramasseґe pre`s des poissons qu’on rentre. Ca — rogaton d’angoisse deґvorante: Caillou, — toi, ca t’arrange — Mieux que vague je ronge, Enrageґe sur la dune deґserteґe. Ca? Rognures d’amour qui a eґteґ: Le restaurer — pas sure: Peu profonde morsure. Lui la`, sur la liste il n’est pas inscrit. Ca — rongement: non d’amour — grignotis Du remords. Camelote — Pleurer! Je le grignote Lui, — pas le moins du monde grignotable. Ca — mais c’est nos restes de coquillages Pour demain. Vois! Oh non! Dommage. Partageons. Pas ceux qui plairont, ce qui sortira. (Ton fils, pour jouer on ne pourrait pas Le prendre — on serait trois?) Le premier coup — c’est moi. Oui, mais le sable entre les doigts — fluide! Attends: d’une strophe ce sont les bribes: «La gloire est souterraine» Bon. Comple`te, toi-meme. Oui, mais le sable entre les doigts — coulant! Attends: ce sont les frusques du serpent: Jalousie! Tout pareґ, Le muant, — de fierteґ, De son plein droit, regardez-le qui rampe! Finir un crabe vide — on n’est pas membre De «Na Postu». Nul crabe: Mais gloire qui deґrape. Caprice modique: Caillou — Pierre Ponce. Creux comme un critique. Comme un censeur — fronce Son front au nouveau. — Les censeurs: qu’ils dorment! De nos vers, s’il faut — C’est l’aube la norme. (L’aube a beau regard: L’eau de Castalia Pour amie. S’eґgare La plume: aleґas! «Mon lapin, des vers? Il y en a plein!» On passe au travers Sans qu’un il malin…) Meule, toi, meule, toi, ronde marine! Mammouth, papillon — la mer tout mouline. Pas de notre mouture — Parler d’elle: sciure! Voila`, j’ache`ve de dire et — silence. Mer, belle meunie`re! Bas-fond: lieu dense Ou` nous, choses menues: Balayeґs! Tout moulus! Professeur, moulin a` paroles, cesse! Bas-fonds — que nos continents! Natre: qu’est-ce? (But: multiplication) — Echouer sur un bas-fond. Propice: de naphte, tourbe muni! Immortaliteґ ensableґe — la vie. Fiers, mais hors de propos! La vie? — Peґnurie d’eau Supraoceґane. Pardon d’avance: De ces objets toc que je te balance. — Fonds marins jamais vus, Balanceґs par le flux. Il ne fait que laisser: prend — qui le veut! Que le reflux apporte — c’est curieux, Que dans la paume il porte. Tu reconnais les notes? Il nous en reste deux ou trois chacun, Quand le dieu qui les apporta — retient, Reflue… Le luth orphique… Plage — page a` musique! — Un instant de ramassage divers! Je te balance un tas de balivernes: Tant de mots qui moulinent De l’eґtoffe marine! Comme a la pecheuse quand elle vend. Enfin je t’ai reґserveґ un preґsent. Fais-en ceci: rends proches La mer et Moscou, proches — La Sovieґtorussie et l’Oceґan. Au reґpublicain — de sa main de chouan, Lui, l’Oceґan-Le-Vaste Donne. Accroche a` ton casque! Et va dire aux paysans que plus belle Que la rouge sur leur casque — c’est elle, — Non des classes la guerre — Mais: l’eґtoile des mers! Aux artisans et aux eґtrangers meme: — La sixie`me branche de Beґthleґem Coupeґe —, qu’ils sont voueґs A l’eґtoile saleґe: A celle des preux de l’eґpopeґe russe. (Je m’eґtends, mais autant que la mer use De ses grands fonds cacheґs) Dis aux autoriteґs — Leurs noms et titres: c’est pas mon souci — Que sur la poupe du vaisseau Russie: (Qu’on preґvoie qu’il eґchoue) — Cette chose a` cinq bouts! Rochers nus, cotes d’eґleґphants, rognons… Mer fatigueґe, la fatigue rend bon. Eterniteґ, prends-nous! Dormons! Rame un bon coup! Serreґs, mais lointains, Feu, mais pas chandelle. Non sommeil commun, Mais reve mutuename = "note" En Dieu, l’un en l’autre. Nez — croyais-tu? — Cap! Sourcils? Non! Sont notres: Sorties sous les arcs Du Visible.

Tentative de chambre

Murs de la routine — compteґs Avant moi. Trou? Hasard? — Trois murs Dans mon souvenir — attesteґs! Du quatrie`me — pas tre`s sure. De dos au mur: c’eґtait le cas? Peut-etre, mais peut bien ne pas Etre. N’eґtait pas. Le vent. Dos — Mais pas de mur derrie`re, n’est-ce Pas? Tout ce qu’on veut… pas. De Dno: «Le tsar abdique» . Voie express: Pas que la poste! Urgent parcours Des fils, — de partout, de toujours. On a fait du piano? En bloc — L’air. Vent. Voile gonfleґe. Doigts en Coton. La sonatine flotte. (N’oublie pas que tu as neuf ans). De ce mur jamais vu plus tot — Je sais le nom: le mur du dos Au piano. Ou — au bureau, ou Encore derrie`re une trousse A raser (il a pour atout — Ce mur-la` —: qu’en couloir il pousse Dans la glace. De ґplace — avise! Chaise portative du vide). Chaise a` ceux — qu’entrer: interdit Par la porte! Aux semelles — seuil Sensible! Toi, tu as grandi De ce mur (passeґ: bref recueil). Un chapitre entre nous s’entasse. Tu grandiras comme Danzas En arrie`re. Celle qui deґcre`te, Tel Danzas, l’eґlu, lourd des pie`ces, (Je sais son nom: le mur des cretes!) Entre — non du pas de Dante`s. La nuque. — Pour la catastrophe, Pret? Tout comme toi dans dix strophes, Stop. L’il vise l’arrie`re-front. Mais, laissant le tir postdorsal, A l’eґvidence le plafond Etait. Comme au salon: normal! Peut-etre penchait-il, au fond? (Armes visant l’arrie`re-front — Qui fond.) Et le cerveau deґja` — Pressionneґ. Le dos se leґzarde. Voila` les murs de la Tcheґka, Des aubades et fusillades Limpides: plus net que l’eґcho Des gestes — de dos dans le dos! La fusillade me confond. Mais, laissant le tir postmural, A l’eґvidence le plafond Tenait (utile en quoi, plus tard, — Lui?!) Revenons au quatrie`me Mur: ou` reculant, le couard, bleme — Recule. «Bon, et un plancher — Y avait? Quelque chose ou` asseoir…» Mais oui!. — Pas pour tous. — Chevaucheґe D’arbres, de cables, balancoires, Sabbats… La`-haut! Tous nous devons Souder notre pesant talon Au vide. Plancher — pour les pieds. Quel implanteґ, incrusteґ — l’homme! Plafond: les gouttes eґpargneґes. Une par heure, tu sais comme L’ancien supplice? Plancher: qu’herbe Ni terre en la maison peґne`trent — Ni ces etres non empecheґs Par les pieux dans la nuit de mai! Trois murs, un plafond, un plancher. C’est tout, non? De`s lors: apparais! Signe du volet, de la vitre? Chambre eґtablie a` la va-vite, Juste eґbaucheґe sur un brouillon: Sur fond gris — blanchatre crayon. Ni couvreur, ni poseur de platre — Le reve. Au long de voies sans cables — Vigile. Dessous les paupie`res — Gouffre ou` un et une se lie`rent. Nul tapis, nul meuble en reґserve — Le reve, plus nu que la gre`ve Baltique. Plancher aux tons fades. Chambre? — Simples surfaces planes. Deґbarcade`re: plus riant! Ca tient de la geґomeґtrie, — L’abme en tome cartonneґ, Tard compris, mais non cantonneґ. Et le char d’Apollon, son frein — C’est la table? Car elle a faim De coude! Coudes a` l’oblique, Tu obtiens la table tablique. «Cigogne», et l’enfant nat — voila`: Si besoin est — apparatra La chose. La chaise surgit Avec l’hote — point de soucis! Tout surgira, Ni plans, ni veilles — Vois-tu? Te dire Sous quelle enseigne? L’Etre mutuel. En foret — trou Perdu. L’Hotel Du Rendez-vous Des Ames. Maison de rencontre. Autres — Celles des seґpareґs, Meme au Sud! Des mains d’hote? Non, c’est du plus feutreґ Que les mains, plus fin, — pur Que les mains. Bric-a`-brac Retapeґ — confort sur! L’ennui-monstre la`-bas! Ici: saintes-nitouches Que nous! En fait de mains: Courriers, penseґes, retouches, — De mains: ultimes fins… Sans fieґvreux «ou` es-tu»? J’attends. Proprieґteґ Des serveurs: gestes tus Au palais de Psycheґ. Le vent seul est cher au poe`te. Jurer des couloirs: je suis prete. La marche: base des armeґes. Longtemps marcher, afin qu’apre`s D’un jet dans la chambre — et l’air Du Dieu-Lyre… Chemin du vers! Le vent, le vent leveґ: l’avance De nos pas, le front sous sa lance! «Et caetera» trouve sa place — Couloirs: le chez-soi de l’espace. Du freux le profil d’heґreґtique — Espace a` vitesse archaїque D’enfant marchant dans ses effets De pluie — charmants sons: fusain (l’f)! — Fer a` friser — faisan: il fait Sa trane a` la tour dite Eiffel. Le fleuve a` l’enfant est caillou, L’espace — quartier, place, trou. Meґmoire ou` la guitare donne: Espace: bagage a` main, bonne… (Espace — la mode) — l’idiot: On sait bien ce que les chariots… Conduit au plumier de tantot. Couloirs: des maisons — les canaux. Noces, destins, deґce`s, saisons, — Couloirs: affluents des maisons. Le couloir de`s l’aube s’anime — Pas que des balais: d’anonymes Billets. Herbe et cumin empestent. Genre de tache: cou-loiresque. Exigeant qu’on deґblaie le sol Des couloirs de la Carmagnole! Qui batit les couloirs, (Creusa), — sut ou` courber, — Que le sang puisse avoir Le temps de contourner L’angle du cur — l’aigu, Cet angle: aimant des foudres! Que l’le du cur nue Soit laveґe tout autour. Ce couloir-ci, c’est moi Qui l’ai creґeґ. — Ainsi! — — Le cerveau puisse avoir Le temps de faire signe Sur la ligne: «Personne Ne monte» — au nud crucial Du cur «Sauter, en somme — Vas-y! Sinon deґtale Des rails!» C’est mon couloir: Non poe`te: d’embleґe… — Le cerveau puisse avoir Le temps de distribuer Les places: c’est un lieu Que se voir, — plan, deґcompte De mots — pas tous heureux, De gestes, — purs meґcomptes. Soit tout l’amour en ordre, Toute a` toi che`re au fond, — Jusqu’au pli de la robe Ou des le`vres? — Du front! Savaient rajuster leur robe: elles! Couloirs: des maisons — les tunnels. Vieillard que l’on me`ne a` tatons. Couloirs: deґfileґs des maisons. Ami, vois! En lettre ou en reve, C’est moi sur toi l’eґclair qui cre`ve! Tu t’endors; paupie`re: descends! C’est moi sur toi, — pressentiment De lumie`re. Quand poindra l’heure Extreme: c’est moi l’il-lueur. Et apre`s? Reve: ligne Juste. Acce`s, Puis s’inclinent Front et front. Le tien touche Presque. Affront — Rime: bouche. Du fait que les murs se deґfont? — A l’eґvidence le plafond Flanchait. Vocatif: seul archet! A l’eґvidence le plancher… La bre`che! Et le Nil vert au fond! A l’eґvidence le plafond Nageait. Le plancher, qu’est-ce hormis «Qu’il croule!» Des lames salies: Rions! Mal balayeґ? — Au ciel! Le poe`te entier tient en selle Sur le tiret… Au dessus du rien de deux corps Le plafond d’eґvidence alors Chantait a` l’unisson des anges.

Lettre de nouvel an

Bon Nouvel An, bord nouveau — monde — abri! Ma premie`re lettre, je te l’eґcris Au lieu nouveau — qu’en vain on dit doreґ — (Gorets — doreґs!), lieu de bruit, lieu clameґ, Vibrant, vide comme la tour d’Eole. Premie`re lettre a` toi de notre sol Natal d’hier ou` sans toi je languis, Et de`s lors c’est d’une eґtoile parmi D’autres… Loi du repli et du recul Selon quoi l’unique devient quelqu’une, D’existante inouїe — inexisteґe. Comment je l’ai apprise: raconter? Ni deґluge, ni tremblement terrestre. Entre un homme, — quelconque («Quelqu’un» c’est — Toi). — Un eґveґnement des plus facheux. — Dans le Contemporain et les Deґpeches. — Pour nous: un article? — Ou`? — A la montagne. (Les sapins; fenetre. Drap.) — Lisez pas La presse? Eh bien: l’article? — Non. — Pourtant… — De grace, non! Haut: trop difficile. En Moi: pas marchand de Christs. — Dans un sana. (Paradis de louage). — Jour? — Hier, Mardi, — j’sais plus. — Viendrez a` l’Alcazar? — Non: famille. En moi: tout, mais pas Judas. Bon An a` venir! (Tu naissais demain!) — Raconter ce que j’ai fait quand on vint M’apprendre…? Chut… Mot lacheґ. L’habitude! La vie, la mort — depuis longtemps j’en use Entre guillemets, comme de nuds vides. Je n’ai rien fait, mais il s’est fait tre`s vite Quelque chose, — sans ombre, sans eґcho, Mais — faisant! Dis: ton voyage la`-haut? Comment rompit et ne s’est pas rompu — Comment — le cur? Et comment, sur les purs — Sang d’Orel, deґpassant, dit-it, les aigles, Se coupait le souffle: comme l’eґclair? Ou plus doux? A qui volait sur de vrais Aigles russes: ni hauteurs, ni valleґes. De sang — notre lien a` ce monde-la`: En Russie tu fus: ce monde-ci a Muri celui-la`. Un bond ajusteґ! La vie, la mort sont par moi prononceґes En ricanant — c’est qu’on touche a` la sienne! La vie, la mort — je les prononce a` peine, Avec un asteґrisque (nuit enviable: Au lieu de l’heґmisphe`re ceґreґbral — Les eґtoiles!) Faudrait pas oublier, Mon ami, ceci: que si l’alphabet Russe a pris le relais de l’allemand Ce n’est pas pour la raison qu’a` preґsent Tout conviendrait, que le mort (mendiant) tout Mangerait sans broncher!, — mais que ce monde- La`, le notre, — a` treize ans je l’ai compris Au cimetie`re Novodieґvitchi: Non, n’est pas non-parlant, mais tout-parlant. Et je le demande non sans tristesse: Que ne demandes-tu comme on dit «Nest» En russe? Une seule rime «zviozdy» (Etoiles) couvrant tous les (nids) «gniozda». Je m’eґcarte? Mais rien de tel, je crois, Ne se trouverait — s’eґcarter de toi. Tout, n’importe quel propos, Du Lieber, Me`ne a` toi le mot, si meme on oublie Le motif (plus que le russe m’est cher L’allemand, entre toutes je preґfe`re Celle des anges. Soit!) — de meme la` Ou` tu n’es pas — point de lieu, si — un: la Tombe. Rien ne fut ainsi, — tout le fut, — Est-il possible que de moi nul…plus…? — Ca va, Rainer, alentour c’est comment? Instamment et obligatoirement — La premie`re vision de l’univers (:Du poe`te parmi lui), — la dernie`re De la plane`te, a` toi seul donneґe, — toute! Non du poe`te avec la poussie`re, ou De l’esprit avec le corps (isoler — C’est deґsoler, insulter les moitieґs) — Mais de toi avec toi, de toi a` toi, — Tenir de Zeus: est-ce de bon aloi? — De Castor — toi a` toi — avec Pollux, Du marbre — toi a` toi — avec la mousse, Ni seґparation, ni rencontre, mais — Confrontation: et rencontre premie`re Et seґparation. Ta propre main (traces D’encre) — comme ton regard s’y attache Du haut de tant de milles (des milliers?) — Hauteur infinite puisqu’incommenceґe Au-dessus de ce cristal qui recouvre Meґditerraneґe et autres soucoupes. Rien ne fut ainsi, — tout prendra quel tour? Et avec moi tout au bout du faubourg. Rien ne fut ainsi, tout deґja` s’enchane — Qu’est-ce — a` qui s’est biffeґ une semaine Trop tot! — Ou` regarder (qu’on s’interroge), Accoudeґ sur le rebord de la loge, D’ici-bas — sinon vers ce monde-la`, De la` — vers le si-souffrant ici-bas. J’habite a` Bellevue. Ville de feuilles Et de nids. Avec le guide — un coup d’iname = "note" Bellevue. Prison avec vue select Sur Paris — palais de chime`res celtes — Sur Paris — et un peu plus loin que lui… Accoudeґ sur le rebord cramoisi Combien a` toi ca doit sembler Ridicule du haut deґmesureґ Qui est tien, et combien donc doivent l’etre Pour moi nos Bellevue et Belveґde`re! Bon. Passons! Vu l’occurrence. L’urgence. Le Nouvel An au seuil. A quoi — et quels gens — Avec qui trinquer? Avec quoi? Au lieu D’eґcume — du cotton. Moi au milieu Des douze coups: pourquoi? Que dois-je faire Portant cette rime: Rainer — en terre, En plein bruit de Nouvel An? Et si toi, Si pareil il s’est eґteint — c’est que la Vie n’est pas la vie, la mort — pas la mort. C’est que tout se brouille: tout au bout, lors De notre rencontre — je comprendrai. Il n’y a ni la vie, ni la mort — mais Un troisie`me eґtat, nouveau. C’est a` lui — (Vingt-six s’eґloignant, la paille du lit De l’an vingt-sept placeґe, — feґliciteґ Par toi de finir et de commencer!) — Que je trinquerai avec toi a` table, (Pour le regard cette table incernable) Mon verre d’un choc muet choquerai Contre ton verre. Pas comme au troquet, Pas comme eux: moi contre toi fusionnant Dans le don de cette rime disant: Troisie`me. Au bout de la table j’observe Ta croix. Que de lieux en banlieue, — de verstes! Et le buisson, a` qui fait-il donc signe Sinon a` nous? De lieux — non d’autrui: si Notres! Tout le feuillage! Tout le bois! Tes lieux avec moi (les tiens avec toi). (Qu’un meeting puisse etre un lieu pour nous deux — Le dire?) Autant qu’ils sont: tous notres! Eux, Les mois: notres! Les semaines: tout comme! Et les faubourgs sous la pluie sans personne! Et les matins donc! Et tout ce domaine Inentrepris par les rossignols meme! C’est vrai que je vois mal — dans un caveau, C’est vrai que tu vois mieux — puisque d’en haut. Entre nous rien n’a eґteґ accompli. C’est a` ce point simple et net: pas un pli — Rien, c’est a` ce point a` notre porteґe Qu’il est inutile d’eґnumeґrer. Rien, sinon — ne t’attends pas a` du hors Ligne (qui sort de la mesure a tort!) — Etre dedans la ligne, mais laquelle, Comment entrer? Refrain sempiternename = "note" Rien, de quelque chose — rien, nul teґmoin, Serait-ce meme de loin — l’ombre au moins De l’ombre! Rien, ni cette heure-la`, ni Ce jour-la`, cette maison-la`: deґni! Le condamneґ dans son carcan, lui l’a — Don du souvenir —: cette bouche-la`. Les moyens nous eґtaient trop peu confus? De tout ce-la`, seul ce monde-la` fut Notre, et nous-memes ne sommes que l’ombre De nous, — tout notre ici: tout l’autre monde! Bon confin nouveau — des moins batissables! Bon nouveau lieu, Rainer, — monde, Rainer! Bon cap a` l’extreme du deґmontrable — Nouvel il, Rainer, — oreille, Rainer! Tout: l’ami, la passion Etaient pour toi accroc. Echo, bon nouveau son! Son, bon nouvel eґcho! Combien de fois sur le banc de l’eґcole: Quels sont ces fleuves, lacs, montagnes, cols? C’est bien — les paysages sans touristes? J’avais raison, Rainer, c’est donc un site Montagneux, orageux — le paradis? Pas celui que les veuves revendiquent — Car il n’y en a pas qu’un, car un autre Est au-dessus? Ses terrasses sont hautes? Le paradis — jugeant par les Tatras — Ne saurait etre qu’un amphitheґatre. (Et au-dessus de l’un — le rideau bas Baisseґ…) Rainer, Dieu est un baobab Grandissant — j’avais raison? Non pas Louis- Soleil-d’Or, car trone au-dessus de lui Un autre Dieu? Il n’y a pas que lui? Au lieu nouveau, comment ca va — eґcrire? D’ailleurs, est — toi, est le vers: le vers tire De toi son etre! En cet heureux seґjour Comment va — eґcrire? Sans table pour Le coude? Ca va — sans front pour la plume (La paume) — Un mot codeґ de ta coutume! Rainer, des rimes nouvelles — content? En effet, comprendre correctement Le terme rime — qu’est-ce d’autre hors Plein de rimes nouvelles — la Mort? Car pas d’issue: la langue est eґpuiseґe. Plein de consonances et signifieґs — Neuves! Neufs! — Au revoir! A se connatre! Nous verrons-nous? Mais le chant de nos etres: Avec la terre ou` moi-meme me noie — Toute la mer, Rainer, et toute moi! Ne nous quittons pas — griffonne avant l’heure. Bonnes esquisses sonores, Rainer! L’escalier du ciename = "note" monteґe des honneurs Sacreґs… Bonne conseґcration, Rainer! — Ma paume la tient: et si l’eau deґborde?! Par-dessus le Rhone et dessus Rarogne, Par-dessus l’absolu deґpart — je porte A Rainer — Maria — Rilke — en mains propres.


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