Je vous écris un mot, mon ami, faute de mieux, c’est-à-dire faute de Théodore qui est encore dans un de ses grands accès de paresse. Voilà je ne sais combien de temps qu’il veut vous écrire, mais jamais la journée ne s’est trouvée assez longue, attendez donc qu’elle ait plus de 24 heures. Le voilà dans son fauteuil et, comme je lui demande ce qu’il a à vous dire, il me charge de vous demander «si vous avez de bonnes nouvelles de Varsovie». — Vous avez eu le billet que j’ai donné à Bingham?* Le lendemain Krüdener est arrivé, m’apportant un charmant bonnet et la nouvelle de votre bonne humeur et parfaite santé. Tout cela m’a fait grand plaisir, mais en vérité, quant au bonnet, ce n’est nullement ainsi que je l’entendais; croyez-vous donc que j’aurais l’impudence de vous demander si rondement des cadeaux? Allons, cela ne m’arrivera plus; en attendant veuillez que je vous embrasse, en vous remerciant, car il est joli et de fort bon goût.
Je vous ai prié aussi de me dire si l’on avait de bonnes fourrures à Vienne, n’en faites rien, j’ai trouvé par hasard ce que je cherchais, et maintenant je ne vous demanderai plus que de songer au thé que vous avez promis de me faire venir.
Je suis toujours dans ma chambre. Le temps est si froid et mauvais que je n’ai encore le courage de sortir, quoique je sois presque remise; du reste il y a aussi une bourrasque de soirées qui m’effraie, et dans quelques jours nous allons avoir un grand bal que Sercey donne en l’honneur de la députation grecque*.
Voici le dormeur qui s’éveille; il veut parler — écoutez:
«Je me tire violemment de mon apathie, pour vous écrire par le moyen de la meilleure moitié de mon être, c’est-à-dire de celle qui n’est pas aussi paresseuse. J’avais espéré que Krüdener m’apporterait une lettre de vous, mais il ne m’a apporté qu’une preuve nouvelle de cette affinité d’indolence qui nous fait préférer une correspondance mentale à tout autre; au fait, ce qui m’importerait le plus de savoir de vous, ce serait si nous pouvons avoir quelqu’espoir de vous arracher pour quelques jours à votre liquidation et — ici ma main rebelle se regimbe contre moi et prétend que tout ce que je vous dis ne sont que fadaises qui ne méritent pas d’être écrites même avec son mauvais orthographe, et voilà pourtant une chose qui me tient à cœur: avez-vous eu des nouvelles de Moscou? — Dans la dernière lettre que j’en ai eu les pauvres vieux étaient pleins d’inquiétude à cause de notre silence et vous croyaient bien positivement mort de choléra*.
Au risque de paraître indiscret au commis du bureau de poste qui ouvrira cette lettre, je ne puis m’empêcher de vous dire quelques mots de politique. Il paraît que toutes les admonitions de Pozzo* à Berlin n’ont pas donné à la Prusse l’heureuse témérité qui lui manque, et qu’elle est bien décidée à n’en pas venir aux mains avec la France pour la question d’Anvers*; mais qu’arriverait-il si le Roi Guillaume, qui est plus mauvaise tête que son parent*, allait faire son coup de feu contre les Français, — là, selon moi, est toute la question, et bien certainement que dans cet instant il n’y a pas un seul homme en Europe qui puisse le prédire. En attendant ces grands événements nous sommes ici à tourner dans le cercle fort étroit d’une vie de capitale de province; il n’y a ici de sérieusement occupé que Potemkine qui est toujours aussi fou d’amour pour sa Grâce divinité, avec cette différence qu’à présent, vu la saison, il fait ses farces en présence d’un parterre beaucoup plus nombreux. Sa fureur jalouse contre Sercey se réveille aussi parfois, et bientôt elle va acquérir un nouvel aliment à l’occasion d’un bal que celui-ci va donner pour fêter la régence*, mais que Potemkine croit très fermement être destinée à la belle Rose».
Und jetzt schreibe ich kein Wort mehr.
Adieu, mon ami.
«A propos de ma santé», —
Мюнхен. 10 ноября 1832
Я берусь набросать вам несколько строк, мой друг, за отсутствием надежды на лучшее, то есть на Теодора, который все еще во власти одного из своих затяжных приступов лени. Уж и не сочту, сколько дней он собирается писать к вам, но ему все не хватает на это суток, так что подождите, пока в них станет более 24 часов. Вот он тут, в своем кресле и в ответ на мой вопрос, что вам сказать, велит спросить, «получили ли вы добрые вести из Варшавы». — Дошла ли до вас записка, переданная мною через Бингема?* На другой день приехал Крюденер с прелестным чепцом для меня и с известием, что вы пребываете в превосходном настроении и отменном здравии. Все это несказанно меня обрадовало, но что до чепца, то я, ей-богу, не имела в виду ничего такого; неужели вы думаете, что у меня хватило бы бесстыдства столь откровенно напрашиваться на подарки? Ну и ну, никогда больше не совершу подобной оплошности; пока же позвольте мне вас с благодарностью обнять, ибо чепец прехорошенький и сделан с большим вкусом.
Я также просила вас отписать мне, есть ли в Вене хорошие меха, однако не затрудняйтесь, я случайно нашла то, что искала, и теперь напоминаю вам лишь о чае, который вы обещали мне прислать.
Я все еще сижу взаперти. Погода такая холодная и ненастная, что я не осмеливаюсь высунуть на улицу нос, хотя почти совсем поправилась; к тому же меня страшит налетевший на нас шквал вечеров, а через несколько дней состоится грандиозный бал, который Серсэ дает в честь греческой депутации*.
Вот сонливец оживает; он хочет вещать — слушайте:
«Я решительно вырываюсь из пут апатии, дабы писать тебе при посредстве лучшей половины моего существа, сиречь той, что не так ленива. Я ждал, что Крюденер привезет мне письмо от тебя, но он привез лишь новое доказательство нашего сродства в той склонности к сибаритству, которая заставляет нас предпочитать мысленную переписку всякой другой; на самом деле, мне важнее всего было бы узнать, можем ли мы надеяться оторвать тебя на несколько дней от твоей ликвидации и — тут моя строптивая рука восстает против меня, заявляя, что я мелю совершеннейший вздор, не заслуживающий того, чтобы быть положенным на бумагу даже ею с ее скверным правописанием, но вот, однако ж, вещь, волнующая меня до глубины души: есть ли у тебя новости из Москвы? — Судя по последнему письму, которое я получил от бедных стариков, они страшно встревожены нашим молчанием и положительно уверены, что ты умер от холеры*.
Рискуя показаться не в меру болтливым чиновнику почтовой конторы, который вскроет это письмо, не могу не сказать тебе несколько слов о политике. По-видимому, все наставительные речи Поццо* в Берлине не вдохнули в Пруссию той благословенной отваги, коей ей недостает, и она твердо решилась не ввязываться в драку с Францией из-за Антверпена*; но что случилось бы, если бы король Вильгельм, более воинственный, нежели его родственник*, вздумал ударить по французам, — вот в чем, по-моему, весь вопрос, и совершенно очевидно, что в настоящую минуту в Европе нет человека, который мог бы это предсказать. В ожидании сих великих событий мы вращаемся здесь в весьма тесном мирке провинциальной столицы; серьезно занят здесь один Потемкин, который все так же сходит с ума по своей богине Грации, с той только разницей, что теперь, ввиду времени года, он выделывает свои штучки перед гораздо более полным партером. Временами в нем вновь пробуждается бешеная ревность к Серсэ, и вскорости она получит новую пищу в связи с балом, который сей последний собирается задать во славу регентства*, а по твердому убеждению Потемкина — в честь прекрасной Розы».
Und jetzt schreibe ich kein Wort mehr.[6]
Прощайте, мой друг.
«Что касается моего здоровья», —
Нессельроде К. В., 22 октября/3 ноября 1835*
Munich. Ce 3 novembre 1835
Monsieur le Comte,
Après avoir longtemps hésité, je prends le parti de m’adresser directement à Votre Excellence. Je ne me dissimule pas ce que cette démarche peut avoir de hasardé. Mais je me trompe fort, ou c’est précisément cela qui servira à l’excuser à ses yeux. Votre Excellence comprendra aisément que pour m’y déterminer, il ne fallait pas moins qu’une absolue nécessité d’une part et de l’autre une confiance absolue dans l’équité bienveillante de son caractère. C’est cette équité que j’invoque maintenant comme le meilleur et le plus sûr intercesseur que je puisse avoir auprès d’elle.
Je tâcherai d’être aussi concis que possible.
Monsieur le Comte, j’ai à peine l’honneur d’être connu de vous, et c’est ma propre cause que j’ai à plaider. Deux circonstances bien décourageantes, si je devais la plaider devant tout autre que Votre Excellence.
Dans l’entrevue que vous m’avez fait l’honneur de m’accorder, Monsieur le Comte, lors de votre dernier séjour à Carlsbad et dont je conserve un si reconnaissant souvenir Votre Excellence a daigné m’assurer* qu’elle ne manquerait pas de songer à moi, à la première vacance qui viendrait à se présenter. Or, j’ai été informé, à la suite du retour du Prince Gagarine que Mr de Krüdener serait incessamment appelé à une nouvelle destination*. La place de 1er secrétaire de légation à Munich va donc devenir vacante. J’ose la demander à Votre Excellence.
Voici à peu près ce que j’ai à dire en faveur de cette demande. Et d’abord, je me garderai bien de rappeler ici qu’il y a 13 ans que je sers à cette mission. Je sais que la durée du temps et la succession des années ne sauraient constituer un titre valable.
Je ne me réclamerai pas même des témoignages favorables* que l’obligeance des chefs de la mission, où je sers, a bien voulu, à plusieurs reprises, m’accorder auprès de Votre Excellence. Ces témoignages peuvent être l’expression d’une bienveillance toute personnelle.
Mais il y a d’autres circonstances que j’invoquerai plus volontiers à l’appui de ma demande.
Ainsi, p<ar> ex<emple>, qu’il me soit permis de faire observer à Votre Excellence que depuis 7 ans, c’est-à-dire, depuis le départ du Comte Woronzow, c’est moi qui ai été chargé, en très grande partie, de la correspondance politique que les chefs de mission qui, depuis ce temps-là, se sont succédé au poste de Munich ont eu l’honneur d’entretenir avec Votre Excellence*. J’oserai même ajouter, sans craindre d’être démenti par qui que ce soit, que parmi les rapports qui ont plus particulièrement fixé son attention et mérité son suffrage, il y en a peu qui ne soient de moi: tout sur la question grecque* que sur les affaires de ce pays-ci. Ce fait Mr Potemkine, avec sa loyauté accoutumée, s’est toujours plu à le reconnaître, et le Prince Gagarine, non moins généreux et non moins loyal, ne se refuserait certainement pas à l’appuyer de son témoignage. Si je me permets d’en faire mention dans cette circonstance, c’est qu’il me paraît prouver, autant que pourraient le faire des suffrages plus explicites, l’opinion favorable que ces deux chefs ont bien voulu se former sur mon compte, aussi bien que la confiance, dont ils m’ont constamment honoré.
Et maintenant, Monsieur le Comte, me serait-il permis de vous expliquer pourquoi je sollicite la vacance du poste de Mr Krüdener de préférence à toute autre? Oserai-je avouer à Votre Excellence que je ne puis mettre à profit les bienveillantes dispositions qu’elle a daigné me témoigner qu’à la condition d’obtenir précisément la faveur que je réclame.
Il y a des aveux auxquels la rigueur même des circonstances ne saurait nous contraindre, si la noblesse d’âme de celui qui les reçoit ne venait à notre secours. C’est de cette nature que sont les considérations que j’ai à faire valoir en ce moment.
Bien que destiné à avoir, un jour, une fortune indépendante, je me trouve, depuis des années, réduit à la triste nécessité de vivre du service. La modicité de cette ressource, hors de toute proposition avec la dépense à laquelle me condamne la position sociale où je me trouve placé, m’a forcément imposé des engagements que le temps seul peut me mettre à même de remplir. C’est déjà là un premier lien qui me retient à Munich. Un déplacement, même avantageux sous le rapport du service, même accompagné d’un avancement, m’obligerait nécessairement à des dépenses nouvelles, qui, s’ajoutant aux anciennes, pourraient à tel point accroître les embarras de cette position, que la faveur que Votre Excellence croirait m’avoir accordée, en deviendrait illusoire par l’impossibilité matérielle où je me trouverais d’en profiter.
Or j’ai eu l’honneur de vous dire, Monsieur le Comte, que j’avais besoin du service pour vivre. J’insisterais beaucoup moins sur cette considération, je vous assure, si j’étais seul… mais j’ai une femme et deux enfants*. Certes, personne ne saurait être plus persuadé que je ne le suis que dans une position précaire et subalterne, comme la mienne, le mariage est la plus impardonnable des imprudences. Je le sais, puisqu’il y a 7 ans que je l’expie*. Mais je serais profondément malheureux, je l’avoue, si l’expiation de ce tort s’étendait à trois êtres qui en sont parfaitement innocents.
D’ailleurs, s’il y a un pays où je puisse me flatter d’être de quelque utilité pour le service, c’est assurément celui-ci. La connaissance très particulière des hommes et des choses que le long séjour que j’y ai fait, m’a mis à même d’acquérir, des études suivies et sérieuses faites plus encore par goût que par devoir, sur l’état social et politique de l’Allemagne, et surtout de cette partie de l’Allemagne, sur sa langue, son histoire, sa littérature, toutes ces raisons réunies me donnent quelque droit d’espérer, qu’ici du moins, je pourrai justifier, jusqu’à un certain degré, la faveur que je sollicite… Et qu’il me soit permis d’ajouter, en finissant, que si cette faveur n’était qu’une question de service et d’avancement, je ne pourrais pas m’empêcher d’éprouver de l’inquiétude. Mais c’est une question d’existence. C’est vous, Monsieur le Comte, qui êtes appelé à en décider*, et cette considération me rassure…
J’ai l’honneur d’être avec respect, Monsieur le Comte, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur
T. Tutchef
Мюнхен. 3 ноября 1835
Милостивый государь граф,
После долгих колебаний я решился обратиться прямо к вашему сиятельству. Признаю, что мой поступок может показаться дерзким. Но я полагаю, что именно это обстоятельство может послужить к моему оправданию в ваших глазах. Ваше сиятельство легко поймете, что решиться на подобный шаг меня вынуждают, с одной стороны, крайняя необходимость, а с другой — полное доверие к вашему великодушию и справедливости. К сей справедливости я теперь взываю как к лучшей и самой верной заступнице, какую я мог бы иметь перед вашим сиятельством.
Постараюсь быть насколько возможно кратким.
Милостивый государь граф, я едва имею честь быть знакомым с вами и обращаюсь к вам с частной просьбой. Два обескураживающих обстоятельства, ежели бы речь шла о ком угодно, но не о вашем сиятельстве.
При нашем свидании, коим вы меня удостоили, граф, во время вашего последнего пребывания в Карлсбаде* и о коем я по сей день храню благодарную память, вашему сиятельству угодно было заверить меня, что вы не преминете вспомнить обо мне при первой же возможной вакансии. И вот, по возвращении князя Гагарина я известился, что г-н Крюденер скоро получит новое назначение*. Таким образом, место 1-го секретаря Мюнхенской миссии станет вакантным. Осмеливаюсь просить у вашего сиятельства сие место для себя.
Вот что в общих чертах я могу сказать в свою пользу. Прежде всего, не стоит, наверное, напоминать, что я служу в означенной миссии уже 13 лет. Я знаю, что длительность службы и череда прожитых лет еще не составляют сколько-нибудь уважительной причины.
Не стану ссылаться на благосклонные отзывы о себе*, кои начальство миссии имело любезность неоднократно сообщать вашему сиятельству. Свидетельства сии могли быть лишь выражением личного расположения ко мне.
Но имеются иные обстоятельства, кои бы я желал привести в поддержку своей просьбы.
Так, например, позвольте заметить вашему сиятельству, что в течение 7 лет, то есть после отъезда графа Воронцова, именно мне в основном поручалось вести политическую переписку, коей начальство миссии, с того самого времени постоянно менявшееся, имело честь сноситься с вашим сиятельством*. Осмелюсь даже добавить, не опасаясь быть уличенным во лжи, что из докладов, остановивших на себе особое внимание и заслуживших одобрение вашего сиятельства, редкий был составлен не мною: мне принадлежит полное освещение греческого вопроса*, а также дел сей страны. Г-н Потемкин с присущей ему честностью всегда охотно признавал сей факт и, разумеется, его не откажется подтвердить князь Гагарин, отличающийся не меньшим великодушием и прямотой. Ежели я позволяю себе остановиться на этом обстоятельстве, то единственно потому, что оно доказывает выше всяких похвал благосклонное мнение обо мне сих двух начальников, а также их постоянное доверие ко мне.
А теперь, милостивый государь граф, позвольте объяснить, почему я желал бы получить место г-на Крюденера предпочтительнее всякому иному. Осмелюсь признаться вашему сиятельству, что могу воспользоваться великодушным расположением, коим вы изволили меня удостоить, только при условии получения именно сей милости, к коей я стремлюсь.
Бывают признания, к коим даже суровость обстоятельств не могла бы нас принудить, ежели бы не благородство души того, кто нас выслушивает. Сими соображениями я и руководствуюсь теперь.
Несмотря на то, что в будущем меня ожидает получение независимого состояния, уже в течение многих лет я приведен к печальной необходимости жить службой. Незначительность средств, отнюдь не отвечающая расходам, к коим меня вынуждает мое положение в обществе, против моей воли наложила на меня обязательства, исполнению коих может помочь только время. Такова первая причина, удерживающая меня в Мюнхене. Даже выгодное перемещение по службе, пусть с повышением в чине, непременно принудило бы меня к новым расходам, кои вкупе с прежними столь значительно бы усугубили мое затруднительное положение, что покровительство вашего сиятельства оказалось бы призрачным из-за материальной невозможности для меня им воспользоваться.
Как я уже говорил, милостивый государь граф, служба доставляет мне средства к жизни. Уверяю вас, я бы не стал останавливаться на этом обстоятельстве, ежели бы я был один… но у меня жена и двое детей*. Конечно, никто лучше меня не понимает, что женитьба в столь непрочном, зависимом состоянии, как мое, есть самая непростительная ошибка. Я сознаю это, поскольку уже 7 лет расплачиваюсь за нее*. Но я был бы глубоко несчастлив, ежели бы за мою ошибку расплачивались три совершенно невинных существа.
Впрочем, ежели и существует страна, где бы я льстил себя надеждой приносить некоторую пользу службой, так это решительно та, в коей я ныне нахожусь. Длительное пребывание здесь, благодаря последовательному и серьезному изучению страны, продолжающемуся поныне, как по внутреннему влечению, так и по чувству долга, позволило мне приобрести совершенно особое знание людей и предметов, ее языка, истории, литературы, общественного и политического положения, — в особенности той ее части, где я служу. Все эти причины купно дают мне некоторое право надеяться, что, по крайней мере, здесь я смогу должным образом оправдать милость, о коей прошу… И позвольте добавить в заключение, что ежели бы речь шла единственно о продвижении по службе, я бы не стал так беспокоиться. Но это есть вопрос жизни: и вам, милостивый государь граф, решать его*, это обстоятельство ободряет меня…
Честь имею пребывать с совершенным уважением, милостивый государь граф, вашего сиятельства
нижайший и покорнейший слуга
Ф. Тютчев
Гагарину И. С., 20–21 апреля/2-3 мая 1836*
Munich. Ce 2 mai 1836
Mon bien cher ami. J’ose à peine espérer qu’en revoyant mon écriture vous n’éprouviez plutôt une impression pénible qu’agréable. Ma conduite à votre égard est
Je suis un exemple vivant de cette fatalité, si morale et si logique, qui fait de chaque vice sortir le châtiment qui lui est dû. Je suis un apologue, une parabole, destinée à prouver les détestables conséquences de la paresse… Car enfin c’est cette maudite paresse qui est le mot de l’énigme. C’est elle qui, en grossissant de plus en plus mon silence, a fini par m’en accabler comme sous une avalanche. C’est elle qui a dû me donner à vos yeux toutes les apparences de l’indifférence la plus brutale, de la plus stupide insensibilité. Et Dieu sait pourtant, mon ami, qu’il n’en est rien. En écartant les phrases, je ne vous dirai que ceci: depuis l’instant de notre séparation, il ne s’est pas passé un jour que vous ne m’ayez manqué. Croyez, mon cher Gagarine, qu’il y a peu d’amoureux qui pourrait
Toutes vos lettres m’ont fait grand plaisir, toutes ont été lues et relues… A chacune d’entr’elles j’ai fait au moins vingt réponses. Est-ce ma faute si elles ne vous sont pas parvenues, faute d’avoir été écrites. Ah, l’écriture est un terrible mal, c’est comme une seconde chute pour la pauvre intelligence, comme un redoublement de matière… Je sens que si je me laissais aller, je vous écrirais une bien longue, longue lettre, tendante uniquement à vous prouver l’insuffisance, l’inutilité, l’absurdité des lettres… Mon Dieu, comment peut-on écrire? Tenez, voilà une chaise vide auprès de moi, voilà des cigares, voilà du thé… Venez, asseyez-vous et causons. — Ah oui… causons comme nous l’avons si souvent fait, comme je ne le fais plus.
Mon cher Gagarine, vous vous tromperiez beaucoup si vous jugiez par ce commencement de lettre (que je ne suis pas sûr d’achever) de l’état habituel et réel de mon humeur… Et, pour ne parler que du moment présent, les Krüdener, qui nous quittent demain*, vous diront si j’ai lieu de me réjouir beaucoup. Après un hiver passé dans les tiraillements continuels, dont nul que moi n’a eu le secret, un événement aussi imprévu qu’il aurait pu devenir affreux a failli bouleverser mon existence… Je n’ai pas le courage de vous en parler… Mais sachez qu’à peine revenu à moi-même, j’ai pensé à vous et ai compté sur votre sympathie…
Par lettres on ne devrait parler que de généralités, car il n’y a que les généralités qui puissent être comprises à distance… Mais c’est qu’il y a des moments où la vie interrompt tout à coup cette discussion philosophique et vous cherche querelle comme un mauvais bretteur… C’est même là le côté vraiment tragique de la condition humaine. Dans les temps ordinaires la terrible réalité de la vie laisse la pensée se jouer librement autour d’elle, et lorsque celle-ci est pleine de sécurité et de foi dans sa force, tout à coup elle s’éveille et d’un seul coup de patte lui brise les reins… Mais ceci encore n’est qu’une généralité… Revenons à vos lettres…
Ce que vous me dites de vos premières impressions à votre retour en Russie m’a intéressé. Je regrette de n’y avoir pas fait de réponse dans le premier moment, maintenant c’est trop tard. Car que sais-je où vous en êtes maintenant? A coup sûr ce ne sont plus les mêmes nuages au ciel qu’il y a six mois. A l’heure qu’il est vous devez avoir quitté le bord. Vous devez être entré dans le courant… S’il y avait de la convenance à parler des choses qu’on ignore complètement, je vous dirais en gros que le mouvement intellectuel, tel qu’il s’accomplit maintenant en Russie, rappelle à certains égards, et en tenant compte de l’immense diversité de temps et de position, la tentative catholique, essayée par les Jésuites… C’est la même tendance, le même effort de s’approprier la culture moderne moins son principe, moins la liberté de la pensée… et il est plus que probable que le résultat en sera le même… Ne serait-ce que par la simple raison que dans le pouvoir absolu, tel qu’il est constitué chez nous, il entre un élément protestant,
Ce 3 mai
Hier soir, en vous écrivant, je n’ai pas pu prendre sur moi de m’expliquer avec vous sur le triste événement dont j’ai été affligé. Cependant tout bien considéré, j’aime mieux vous dire le fait tel qu’il est, que de vous laisser à la merci des versions ou fausses ou exagérées. Voici ce que c’est.
Ma femme, depuis qu’elle avait sevré son dernier enfant*, paraissait complètement remise. Cependant le médecin attendait non sans inquiétude le premier retour de la période. En effet, le matin même du jour de l’événement, elle s’annonça par des crampes d’une violence extrême. On lui fit prendre un bain qui la soulagea. Vers les 4 heures, comme elle paraissait parfaitement calme, je la quittai, pour aller dîner en ville. Je rentrai plein de sécurité, lorsque j’appris en entrant qu’un malheur venait d’arriver. Je me précipitai dans sa chambre et la trouvai gisante à terre et baignée de son sang… Une heure après mon départ, comme elle me l’a raconté elle-même depuis, elle s’est sentie tout à coup le cerveau comme envahi par le sang, toutes ses idées se brouillèrent, et il ne lui reste qu’un sentiment d’inexprimable angoisse avec l’irrésistible besoin de s’en délivrer à tout prix. Par une fatalité inouïe, sa tante* venait de la quitter et sa sœur* n’était pas dans la chambre lorsque l’accès se déclara… S’étant mise à fouiller dans ses tiroirs, elle découvre tout à coup un petit poignard qui était resté là depuis la
Tel est le fait dans sa
Ayant appris que je vous écrivais, elle me charge de mille amitiés pour vous… Dans le paquet, qu’elle vous envoie, le portefeuille est pour vous et le portrait pour son fils
Je ne vous parle pas de mes affaires de service par la même raison qui fait que ne lis jamais dans les journaux les articles concernant la Suisse. C’est trop plat et trop ennuyeux. Mr le Vice-Chancelier est pis que le beau-père de Jacob. Au moins celui-là n’a fait travailler son gendre
Bien des remerciements pour le volume de poésies* que vous m’avez envoyé. Il y a là de l’inspiration, et ce qui est d’un bon augure pour l’avenir, il y a à côté d’un élément idéal très développé le goût du réel et du sensible, voire même du sensuel… Ce n’est pas un mal… La poésie, pour fleurir, doit avoir ses racines en terre… C’est une chose remarquable que ce torrent de lyrisme qui inonde l’Europe, et cela tient pourtant, en grande partie, à une circonstance très simple, au mécanisme perfectionné des langues et de la versification. Tout homme à un certain âge de la vie est poète lyrique. Il ne s’agit que de lui dénouer la langue.
Vous m’avez demandé de vous envoyer mes paperasses*. Je vous ai pris au mot. J’ai saisi cette occasion pour m’en débarrasser. Faites-en ce que vous voudrez. J’ai en horreur le vieux papier écrit, surtout écrit par moi. Cela sent le rance à soulever le cœur…
Adieu, mon bien cher ami. Et si vous êtes toujours le même, si vous êtes toujours indulgent et
Mes hommages à vos parents*. T. Tutchef
Мюнхен. 2 мая 1836
Любезнейший друг. Едва смею надеяться, что, вновь увидав мое писание, вы не испытаете чувства скорее тягостного, нежели приятного. Мое поведение по отношению к вам
Я живое доказательство того правила, столь нравственного и столь логичного, согласно которому всякий порок влечет за собой равное ему наказание. Я аполог, притча, призванная продемонстрировать отвратительные последствия лени… Ибо именно в этой проклятой лени и состоит вся загвоздка. Это она, накапливая и накапливая мое молчание, в конце концов погребла меня под ним, как под лавиной. Это она должна была выставить меня в ваших глазах примером самого грубого безразличия, самой тупой бесчувственности. Однако ж, видит Бог, мой друг, это отнюдь не так. Излишне не распространяясь, скажу вам одно: с момента нашей разлуки дня не проходило, чтобы я не ощущал вашего отсутствия. Поверьте, любезный Гагарин, что редкий любовник может
Все ваши письма доставляли мне огромное удовольствие, все читались и перечитывались… На каждое у меня было по меньшей мере двадцать ответов. Моя ли вина, если они не дошли до вас из-за того, что не были написаны. Ах, писание — страшное зло, это как второе грехопадение для бедного разума, как удвоение материи… Чувствую, что, дай я себе волю, я написал бы вам длинное-предлинное письмо с единственной целью доказать неудовлетворительность, бесполезность, нелепость писем… Боже мой, да как же можно писать? Взгляните, вот подле меня свободный стул, вот сигары, вот чай… Приходите, усаживайтесь и станем беседовать. — О да… станем беседовать, как мы беседовали столь часто и как я больше не беседую.
Любезный Гагарин, вы очень ошибетесь, если по началу этого письма (которое, не уверен еще, закончу ли) будете судить об обычном и истинном моем настроении… Что касается настоящего момента, Крюденеры, покидающие нас завтра*, доложат вам, есть ли у меня основания для особой радости. После зимы, прошедшей в постоянных треволнениях, тайна которых известна мне одному, непредвиденный случай, грозивший ужасными последствиями, едва не перевернул всего моего существования… У меня духу не хватает вам о нем поведать… Но знайте, что, чуть опомнившись, я сразу подумал о вас с надеждой на ваше сочувствие…
В письмах следовало бы высказывать лишь общие соображения, ибо только они могут быть восприняты на расстоянии… Но выпадают минуты, когда жизнь внезапно прерывает эти философские рассуждения и начинает вас задирать, как скверный бретер… В этом-то и состоит истинная трагичность человеческого бытия. В обычные времена ужасная жизненная реальность дозволяет мысли свободно порхать вокруг нее, но едва та проникнется чувством безопасности и верой в свою силу, эта реальность внезапно оживает и одним ударом своей лапы ломает ей хребет… Но и это тоже всего лишь общее соображение… Вернемся к вашим письмам…
То, что вы говорите о ваших первых впечатлениях по возвращении в Россию, меня заинтересовало. Сожалею, что не ответил вам тотчас же, теперь слишком поздно. Ибо откуда мне знать, каковы они сейчас? За полгода, наверно, много воды утекло. Теперь вы, должно быть, покинули берег. Вы, вероятно, вступили уже в поток… Если уместно судить о том, о чем имеешь самое смутное представление, я бы сказал обобщенно, что умственное движение, происходящее сейчас в России, напоминает в некоторых отношениях, принимая в расчет огромное различие в эпохе и ситуации, католическую кампанию, предпринятую иезуитами… Это та же тенденция, та же попытка присвоить себе современную культуру без ее основы, без свободы мысли… и более чем вероятно, что результат будет тот же… Хотя бы по той простой причине, что самодержавная власть, сложившаяся у нас в России, включает в себя протестантский элемент,
3 мая
Когда я писал вам вчера вечером, мне не хватило решимости объясниться с вами по поводу печального события, которое мне пришлось пережить. Однако по зрелом размышлении я предпочитаю сам изложить все как было, нежели позволить вам питаться слухами, либо извращающими, либо раздувающими происшедшее. Вот что стряслось.
Моя жена казалась совсем оправившейся после того, как она отняла от груди своего последнего ребенка*. Однако доктор не без тревоги ожидал возобновления известного физиологического периода. Действительно, утром того злополучного дня этот период заявил о себе сильнейшими спазмами. Ей сделали ванну, которая ее облегчила. Около 4 часов, поскольку она выглядела совершенно спокойной, я покинул ее, чтобы пообедать в городе. Я вернулся домой в полной уверенности, что все благополучно, и в дверях узнал о случившемся несчастии. Я бросился в ее комнату и нашел ее распростертой на полу и обливающейся кровью… Через час после моего ухода, как она сама мне потом рассказывала, ей в голову вдруг словно бы кинулась кровь, все мысли ее смешались, и у нее осталось только одно ощущение неизъяснимой тоски и непреодолимое желание избавиться от нее любою ценой. По какой-то роковой случайности припадок начался тогда, когда ее тетка* только что ушла, а ее сестры* не было в комнате… Принявшись невесть зачем рыться в своих ящиках, она натыкается вдруг на маленький кинжал, завалявшийся там с прошлогоднего
Такова
Узнав, что я вам пишу, она поручила мне передать вам самый сердечный привет… В свертке, который она вам посылает, находится бумажник, предназначенный для вас, и портрет для ее сына
Не говорю вам про свои служебные дела по той же причине, по какой никогда не читаю в газетах статей про Швейцарию. Это слишком банально и слишком нудно. Г-н вице-канцлер хуже тестя Иакова. Тот, по крайней мере, заставил своего зятя работать
Очень благодарен за присланную вами книгу стихотворений*. В них есть вдохновение и, что является хорошим предзнаменованием на будущее, наряду с сильно развитым идеалистическим началом есть вкус к жизненному, осязаемому, даже к чувственному… Беды в этом нет… Дабы поэзия цвела, она должна быть укоренена в земле… Замечательное явление этот поток лиризма, заливающий Европу, однако в истоках его лежит очень простое обстоятельство, усовершенствование приемов языка и стихосложения. Всякий человек в определенном возрасте становится лирическим поэтом. Нужно только развязать ему язык.
Вы просили меня прислать вам мое бумагомаранье*. Ловлю вас на слове. Пользуюсь случаем, чтобы от него избавиться. Делайте с ним все, что вам заблагорассудится. Я питаю отвращение к старой исписанной бумаге, особливо исписанной мной. От нее до дурноты пахнет затхлостью…
Прощайте, любезнейший друг. И если вы все тот же, если вы все так же полны снисходительности и
Мое почтение вашим родителям*.
Ф. Тютчев
Сушкову Н. В., 21 июня/3 июля 1836*
Не могу довольно благодарить вас за ваше дружеское, братское письмо. Оно много обрадовало и утешило меня. Это письмо — лучшая порука Дашинькина счастия… Сердцу, которое умеет так чувствовать и любить, сестра могла смело вверить судьбу свою.