Mon très cher ami, vous pouvez penser si je compte, et si j'attends avec impatience les jours de poste, depuis le 23 septembre vous ne m'avez pas donné signe de vie, ce n'est pas par paresse, je le sais, car ce n'est pas là votre faible, et c'est ce qui fait précisement que je suis inquiet puisque je ne sais à quoi attribuer votre silence. Comme je vous l'ai déjà dit une fois dans mes lettres, vous avez commencé par me gâter et à présent, vous êtes obligé d'en subir toutes les conséquences et à votre retour vous me trouverez excessivement exigeant sur ce point. Cependant j'espère bientôt une de vos lettres pour me tirer d'embarras, car je le sais, vous devez avoir besoin de m'écrire pour me raconter tout ce que vous avez vu et fait depuis longtemps, et mon ami Jean-vert ne me fera plus l'insipide réponse à toutes mes demandes: Il n'y a rien pour vous aujourd'hui. Le pauvre diable, vous l'avez rendu bien heureux par votre dernière. Dieu sait ce que vous lui avez écrit. Il est venu me réveiller de grand matin, et certainement s'il ne m'avait parlé de vous, je l'aurais envoyé promener; mais il était si content qu'il y avait plaisir à l'écouter faire votre éloge, combien vous étiez bon et aimable et combien vous aviez cherché à lui faire du bien à la Haye. Enfin une litanie de toutes vos qualités que je connais pour le moins aussi bien que lui. Avant de vous mettre au courant des cancans et des nouvelles de Pétersbourg, je commencerai par vous parler de moi et de ma santé qui n'est pas à mon avis ce qu'elle devrait être. J'ai tellement maigri depuis le froid que j'ai pris aux Eaux que je commençais à m'en inquiéter, aussi j'ai fait venir le médecin qui m'assure que je ne me suis jamais si bien porté et que cet état de faiblesse est tout à fait naturel après ma pleurésie, que l'on m'avait tellement tiré de sang que cela en était le résultat; cependant il m'a ordonné de me couvrir de flanelle, car il prétend que je suis excessivement enclin à prendre froid et que c'est le seul moyen de m'en préserver. Je vous avoue franchement que ce dernier remède est au-dessus de mes forces pécuniaires, et que je ne vois comment faire pour me procurer ces gilets qui sont excessivement chers, d'autant plus qu'il m'a déclaré qu'il faudrait que je les portasse sans plus les quitter. J'en aurais donc besoin de plusieurs.
Vous avez dû remarquer dans ma correspondance que je ne me suis jamais occupé que de vous et de moi, comme de ce qu'il y a de plus intéressant pour nous deux; cependant cette fois je ne puis résister au désir de vous donner quelques nouvelles sur l'Empereur et sur son dernier séjour à Varsovie, d'autant plus que les journaux n'en parleront pas pour la raison qu'ils ne le sauront pas, ainsi que Gevers, qui vous en gardera le silence pour la même raison.
L'Empereur après son retour de Kaliche s'arrêta quelques jours à Varsovie, la noblesse y avait envoyé des députés pour le complimenter. Il les reçut et à la première parole des députés, il l'arrêta tout court en leur disant qu'il ne voulait pas entendre des vœux que le cœur ne pensait pas, qu'on lui avait fait quelques mois avant la révolution les mêmes protestations d'amour et de dévouement et que cependant on lui avait manqué comme homme et comme souverain, que rêver une Pologne indépendante était une utopie à laquelle il fallait renoncer; qu'il ferait leur bonheur malgré eux, mais que du reste au premier mouvement qui se manifesterait dans la capitale, qu'il la ferait foudroyer, que toutes les précautions étaient prises (en effet l'on vient d'achever la forteresse qui domine la ville), que l'on devait considérer le Maréchal comme un second lui-même, que tout ce qu'il faisait et ferait avait son approbation d'avance. C'est bien ceci, et si tous les Empereurs et Rois avaient toujours parlé comme Nicolas, et toujours agi, il n'y aurait jamais eu de révolutions et nous en serions tous plus heureux. Mais malheureusement les hommes comme lui sont rares. Comme toute chose a toujours son côté plaisant, la charmante Elisa s'est chargé de la partie plaisante. Elle raconte maintenant qu'elle connaissait les intentions hostiles des Polonais contre l'Empereur et que son pèlerinage chez le Saint Métrophane n'avait d'autre but que celui de sauver l'Empereur du poignard Polonais; à cette histoire, elle en ajoute une autre qu'elle prétend lui être arrivée dans l'intérieur de la Russie avec un paysan, et qu'elle a fait beaucoup de bien au gouvernement. C'est elle qui parle:
"Me trouvant dans une petite ville et m'ennuyant très fort — 10 heures du soir étaient arrivées, heure à laquelle j'ai pris l'habitude de causer — ne sachant où donner de la tête et ayant déjà épuisé toute l'érudition de Daniouchka (c'est sa femme de chambre), cette dernière me sauva heureusement en se rappelant que le propriétaire de la maison avait à plusieurs reprises manifesté le désir de voir de plus près et de pouvoir causer avec la fille du grand Coutousoff; aussitôt je le fis chercher. Quel fut mon étonnement et en même temps mon plaisir de voir que le paysan se présentait fort bien, et qu'il avait une charmante figure. Je le fis asseoir aussitôt à côté de moi sur le sofa et l'engageais à prendre du thé. Après lui avoir beaucoup causé et lui avoir dit combien nous étions heureux à Pétersbourg d'avoir et de voir tous les jours un si grand Souverain, qui était tellement beau qu'il était impossible de l'apercevoir sans l'adorer, et aussi que par lui dans tout Pétersbourg il n'y avait pas un seul malheureux, figurez-vous de ma stupeur quand cet homme, après m'avoir regardé quelques instants, m'a dit avec un air de finesse: Dites-moi Madame, est-il vrai que les Français vivent sous un gouvernement si heureux, et qu'il n'y a de bonheur véritable qu'avec de pareilles lois? Vous pouvez penser si j'ai employé toute mon éloquence pour lui ouvrir les yeux et lui faire voir dans quelle route vicieuse l'on voulait engager ses sentiments, et comme il est impossible de ne pas bien rendre ce que l'on éprouve vivement, je n'ai pas eu de peine à lui prouver et à le convaincre qu'il n'y avait que l'Empereur Nicolas qui était capable de faire le bonheur du peuple Russe"
Cette femme est devenue tellement ambitieuse que ses meilleures intentions peuvent être tournées en ridicule, car elle est si en dehors dans toutes ses actions que l'on ne sait vraiment à quoi s'en tenir, et du reste je crois que l'on peut dire d'elle sans risque d'être démenti, qu'elle a rarement l'idée de la veille, toujours l'idée du jour et jamais celle du lendemain. C'est le seul moyen de faire son chemin et de ne pas se tromper.
Depuis que l'on attend Monsieur de Barante comme ambassadeur à Pétersbourg, vous trouvez chez toutes les femmes et sur toutes les tables
Mille choses de ma part à papa ainsi qu'à mes frères et sœurs, dites-leur que je les aime et les embrasse de cœur.
Adieu mon bien cher, j'espère que vous ne vous ennuyez pas trop à Soulz et que la cure de raisin vous fera beaucoup de bien, car c'est maintenant votre tour de vous trouver en bonne santé.
Je vous embrasse comme je vous aime, bien fort.
NB.
Linski et Platonoff sortent de chez moi et me chargent de mille amitiés pour vous.
Ce que je vous dis de l'Empereur est vrai, je l'ai de bonne source et inédit.
Петербург, 18 октября 1835
Мой драгоценный друг, вы и представить себе не можете, с какой надеждой и каким нетерпением жду я дней почты, ведь вы с 23 сентября не подаёте признаков жизни, уверен, это не из лени: она не входит в число ваших слабостей, но оттого-то мне и неспокойно, что я не знаю, чем объяснить ваше молчание. Как я уже писал в одном из писем, с самого начала вы меня избаловали, так что теперь придётся вам терпеть все связанные с этим последствия, и по возвращении вы убедитесь, что в этом отношении я чрезвычайно требователен. Однако надеюсь, что вскоре ваше письмо рассеет мои тревоги, я же знаю, у вас есть потребность писать мне, рассказывать обо всём, что вы повидали и сделали, и тогда мой друг Жан-Вер не будет на мои вопросы уныло отвечать: «Для вас сегодня ничего нет». Этого чудака вы чрезвычайно осчастливили своим последним письмом. Бог знает, что вы там ему написали. Он заявился спозаранку и разбудил меня; не заговори он о вас, я уж точно велел бы ему убираться прочь, но он был так доволен, и до того приятно было слушать, как он вас расхваливает, какой вы добрый, любезный, как вы старались благодетельствовать ему в Гааге. Словом, литания всех ваших достоинств, известных мне уж ничуть не хуже, чем ему. Прежде чем приступить к рассказу о петербургских новостях и сплетнях, скажу несколько слов о себе и своём здоровье: оно, мне кажется, не столь хорошо, как должно бы. Я так похудел после того, как простыл на Водах, что стал беспокоиться и пригласил врача, но он уверяет, что здоров я как никогда, слабость же после плеврита вполне естественна, к тому же мне много раз пускали кровь, так что слабость моя ещё и результат кровопусканий; тем не менее он велел мне носить фланелевые фуфайки, поскольку считает, что я весьма склонен к простудам, а это единственное средство уберечься. Признаюсь откровенно, что подобное назначение превышает мои денежные возможности, и я не знаю, как мне быть с этими фуфайками, они весьма дороги, вдобавок доктор заявил, что теперь мне придётся носить их постоянно. Следовательно, понадобится несколько штук.
Вы, должно быть, заметили, что пишу я в письмах всё только о нас с вами — это самое интересное для нас обоих; однако на сей раз не могу не рассказать вам кое-какие новости об Императоре и его последнем приезде в Варшаву, тем более что газеты этого не напишут, поскольку не узнают, по той же причине умолчит и Геверс.
На обратном пути из Калиша[88] Император на несколько дней остановился в Варшаве, и дворянство направило своих депутатов приветствовать его. Он их принял, но на первых же словах резко оборвал, объявив, что не желает слушать пожеланий, идущих не от души; что за несколько месяцев до восстания его так же заверяли в любви и преданности и однако же обманули как человека и государя; что мечта о независимой Польше — это утопия, от которой следует отказаться; что он сделает их счастливыми вопреки их нежеланию, но при первом же замеченном в столице волнении прикажет её разрушить; что приняты все меры предосторожности (в самом деле, только что достроили крепость, которая доминирует над городом); что маршала[89] следует воспринимать так, будто это он сам, и что он заранее одобряет все действия маршала, настоящие и будущие. Всё происходило именно так, и если бы все императоры и короли всегда говорили, как Николай, и действовали так же, никаких революций не было бы, а все мы были бы счастливее. К несчастью, люди, подобные ему, редки. Но поскольку во всём и всегда есть комическая сторона, прелестная Элиза[90] взяла эту часть на себя. Теперь она рассказывает, будто знала о враждебных намерениях поляков в отношении Императора, а её паломничество к Святому Митрофанию преследовало единственную цель — спасение Императора от польского кинжала; заодно с этой она рассказывает и другую историю, о крестьянине, которая якобы случилась с ней в России и принесла правительству большую пользу. Вот её слова:
«Оказалась я в одном городке и сильно скучала: было 10 часов вечера, а я привыкла в это время беседовать; я не знала, чем заняться, истощив всю эрудицию Данюшки (это её горничная), и тут она меня спасла, счастливо вспомнив, что хозяин дома не раз выказывал желание увидеть поближе дочь великого Кутузова и поговорить с нею; я немедля послала за ним. Каковы же были моё удивление и радость, когда я увидела, что крестьянин прекрасно держится и выглядит весьма пристойно. Я тотчас усадила его рядом на софу и предложила чаю. Мы долго беседовали; я рассказала, как все мы в Петербурге счастливы иметь и ежедневно лицезреть столь великого Государя, что он прекрасен и что, видя его, им нельзя не восхищаться, что его стараниями в Петербурге не осталось ни единого несчастного, и вообразите моё потрясение, когда этот человек, пристально на меня поглядев, с лукавым выражением осведомился: "А правда ли, сударыня, что французы живут под своим правительством в большом довольстве и что истинное счастье возможно только с такими, как у них, законами?" Как вы догадываетесь, я употребила всё своё красноречие, чтобы открыть ему глаза и показать, по какому опасному пути хотят направить его чувства; поскольку же невозможно не суметь верно выразить то, что чувствуешь столь живо, я без труда доказала, что один лишь Император Николай способен дать русскому народу счастие, и сумела его убедить».
Дама сия стала до того тщеславной, что даже лучшие её намерения выглядят совершенно смехотворно; она до такой степени откровенна во всех своих действиях, что поистине не знаешь, что и думать; впрочем, нет никакого риска быть опровергнутым, ежели сказать, что она редко держится идей вчерашнего дня, всегда нынешнего и никогда завтрашнего. Что ж, это единственный способ преуспеть и не ошибиться.
С тех пор, как здесь ожидают приезда господина де Баранта в качестве посла в Петербурге, у всех дам и на всех столах вы найдёте «Жизнь герцогов Бургундских»[91]; господа же из французского посольства учат её наизусть, подтверждая тем самым, что обладают независимостью характера и достоинством, каковые должны быть присущи всякому человеку, принадлежащему к такой стране, как Франция, где всё дышит свободой; во всяком случае, однажды я слышал, как именно в таких терминах изъяснялся коротышка барон д'Андре[92].
Множество наилучших пожеланий папе, а также братьям и сёстрам, скажите, что я люблю их и сердечно обнимаю.
Прощайте, мой драгоценный, надеюсь, вы не слишком скучаете в Сульце, а курс лечения виноградом пойдёт вам на пользу, теперь ваш черёд поправлять здоровье.
Обнимаю вас так же, как люблю, очень крепко.
NB. Ленский и Платонов уходят от меня и передают вам самые дружеские приветствия.
Всё, рассказанное об Императоре, правда, я узнал это из надёжного и нового источника.
XIII
Pétersbourg, le 26 Novembre 1835
Quoique j'aie le style épistolaire facile (c'est au moins ce que tu prétends) je t'avoue franchement, ta dernière lettre met mon talent en défaut et me réduit à la plus grande nullité. Comment, mon bien cher, trouver des mots pour répondre à des lettres qui commencent toujours par offrir et qui se terminent en exigeant que l'on accepte ce que tu viens encore de faire pour moi, [cela] n'a pas de nom, aussi je [ne] te remercie pas, je ne sais comment t'exprimer tout ce que ma reconnaissance m'inspire. Il faudrait que tu fusses bien près de moi pour que je puisse beaucoup t'embrasser et te serrer longtemps et fort sur mon cœur, alors tu le sentirais battre pour toi aussi fort que je t'aime; sais-tu que tu me rends plus riche que toi et qu'il est impossible, quoi que tu dises que tu ne te gênes pas pour moi; aussi sois tranquille, je n'abuserai pas de ta générosité et je ne prendrai que ce [dont] j'aurai besoin pour me tirer convenablement d'affaire comme tu le désires; de tout ce que tu m'as donné par ta dernière lettre, c'est la permission de prendre ta voiture qui m'a fait le plus de plaisir; sans cette permission, j'aurais été obligé de renoncer d'aller dans le monde cet hiver, car il est excessivement rigoureux et ma santé m'avertit à chaque instant que je ne dois pas plaisanter avec le climat, la moindre imprudence me met sur le dos pour quelques jours.
Si tu savais comme tous les détails que tu me donnes sur l'achat de la terre que tu as probablement terminé maintenant me rendent heureux; car te voir fixer dans ce pays, c'était mon idéal, je n'avais jamais voulu m'expliquer aussi franchement avec toi car je te connais si bon et j'aurais pu t'influencer, chose que je n'aurais pas aimé, car il vaut encore mieux m'en rapporter à ton goût et à ton expérience, persuadé que je m'en trouverais toujours mieux; cependant si cela n'est pas fait, je te conseille de bien faire attention, car les Allemands ne sont pas toujours si lourds qu'ils en ont l'air, et avant tout tu dois faire une bonne affaire surtout puisque tu payes argent comptant, amateurs qui sont très rares dans ce pays où l'argent ne court pas les rues. J'ai aussi parlé à Klein d'une manière détournée que ton intention était peut-être d'acheter une propriété quelque part en Allemagne; il m'a dit que cela serait excessivement prudent de ta part, vu qu'il n'y avait de véritable avantage que pour un commerçant d'avoir son argent en portefeuille, parce que l'on pouvait en élever le tas des intérêts très facilement, et que le bénéfice compensait quelquefois le danger que l'on avait couru; mais pour un homme qui gardait tout simplement son argent en portefeuille le même avantage n'existait plus.
Il n'est bruit dans ce moment en ville que d'une très grande fête qu'a donnée Montferrand pour le mariage qu'il a célébré il y a quelques jours avec cette vieille putain de Lise, j'ai été et t'assure que lorsqu'on a vu comment des gens de cette espèce traitent et sont logés, on n'est que de la canaille à côté d'eux. L'on prétend qu'il a dépensé 1500 roubles et que Démidoff en a payé une bonne partie, du reste la fête a fini d'une manière très tragique: cette pauvre Boinet Vevelle en sortant a pris froid et est morte dans l'espace de 24 heures; de plus il a fait un testament le jour de ses noces dans lequel il donne après sa mort toute sa fortune à sa veuve, de plus il espère que l'Empereur voudra bien faire une pension à sa veuve pour tous les services qu'il a rendus à la Russie, et ce qu'il demande comme une grâce, c'est qu'il soit enterré dans l'église Isaac: ce qui m'a fait dire, et je te le répète, parce que je crois que c'est bien, qu'il était comme les indiens qui ordinairement au moment de mourir se font transporter à l'écurie pour saisir leur vache par la queue comme étant l'objet qui leur avait le plus rapporté pendant leur existence.
J'ai toujours oublié de vous parler de la petite Creptovitch qui est revenue des eaux plus laide que jamais et engraissée d'une manière incroyable. Surtout elle a des bras d'une grosseur indécente à telle enseigne qu'on pourrait les prendre pour des cuisses; elle m'a beaucoup parlé de mon frère Alphonse auquel elle trouve une figure très intéressante mais elle m'a dit d'un petit air piqué qu'il ne s'était pas fait présenter à elle. Je voudrais aussi savoir pourquoi dans toutes tes lettres de Soulz tu me parles continuellement des mes sœurs et jamais de mon frère. Je serais cependant bien aise d'avoir ton avis détaillé sur son compte car moi-même je ne le connais presque pas de caractère car depuis l'âge de 15 ans nous avons chacun été élevé de notre côté.
Votre histoire avec Ferdinand m'a beaucoup amusé et je vois que c'est toujours le même animal et moi je n'ai jamais compris pourquoi on lui a donné ma sœur en mariage, gare à la jeune! Il devient bien susceptible tout à coup, car je me rappelle un temps où il était toujours le premier à se moquer de son horrible figure. Je voudrais savoir si depuis que tu es à Soulz le beau-frère de ma mère y est venu. C'est un charmant garçon qui a épousé une fort jolie petite femme; je suis sûr qu'ils te plairont tous les deux. Mille amitiés pour moi à toute la famille et papa en tête, quant à toi, je n'ai qu'à te dire que je ne suis pas un ingrat.
G.
Je t'ai écrit une petite lettre dans une grande que j'ai envoyée à mon père. Comment cela se fait-il que tu ne m'en parles pas dans ta dernière de Fribourg.
Mille pardon, mon très cher s'il y a tant de ratures dans mes lettres, mais je t'écris toujours comme si je causais avec toi au coin de la cheminée et je ne puis pas me décider à faire des brouillons car cela serait trop prétendre et me gênerait.
J'oubliais presque de te dire que j'étais en train de rompre avec mon Epouse et j'espère par ma prochaine lettre t'annoncer la fin de mon roman.
Петербург, 26 ноября 1835
Хоть у меня и лёгкий эпистолярный слог (во всяком случае, так считаешь ты), признаюсь откровенно, последнее твоё письмо ставит мой талант в тупик и сводит его до полнейшей ничтожности. Как, мой дорогой, найти слова для ответа на письма, которые неизменно начинаются с предложений подарков, а заканчиваются требованиями принять то, что ты ещё намереваешься сделать для меня; этому нет названия — я не благодарю тебя, я не знаю, как выразить всё, что внушает мне признательность. Надо бы, чтоб ты был рядом, чтобы я мог расцеловать тебя и прижать к сердцу надолго и крепко — тогда ты почувствовал бы, что оно бьётся для тебя столь же сильно, как сильна моя любовь; знаешь ли, что ты делаешь меня богаче себя, и, какие бы доказательства ты ни приводил, просто невозможно представить, чтобы ты не стеснял себя из-за меня; посему будь спокоен, я не стану злоупотреблять твоим великодушием и возьму лишь то, что необходимо для достойного существования, как ты того и хочешь; из всего, что ты предоставляешь мне в последнем письме, самое для меня приятное — это разрешение пользоваться твоим экипажем; без него мне пришлось бы отказаться от выездов в свет этой зимою, так как она крайне сурова, а здоровье моё ежеминутно предупреждает, что с этим климатом шутки плохи; малейшая неосторожность сваливает меня с ног на несколько дней.
Если бы ты знал, как меня радуют все подробности о покупке земли, с чем ты, вероятно, теперь покончил; ведь я всегда мечтал, чтобы ты обосновался в этой стране[93]; раньше я всё остерегался говорить об этом откровенно, поскольку понимал, что при твоей доброте мог бы повлиять на тебя, чего я не хотел, считая, что стоит положиться на твой вкус и опыт, я ведь убеждён, что мне от этого будет только лучше; однако, если покупка ещё не состоялась, советую быть очень осмотрительным, ведь немцы отнюдь не такие тупые, как делают вид, а ты должен непременно извлечь выгоду из этой покупки, тем паче платишь ты наличными, а такие любители весьма редки в этой стране, где деньги на улицах не валяются. Я также упомянул обиняком Клейну[94] о твоём предположительном намерении купить землю где-нибудь в Германии; он сказал мне, что это было бы в высшей степени благоразумно, принимая во внимание, что держать деньги в бумажнике выгодно только коммерсанту, поскольку это позволяет намного увеличить прибыль, а барыш зачастую легко компенсирует связанный с этим риск; для того же, кто просто держит деньги при себе, такой выгоды уже нет.
В городе сейчас только и разговоров, что о грандиозном празднике, устроенном Монферраном[95] несколько дней назад в честь своей женитьбы на старой шлюхе Лиз[96]; я был там и уверяю, что когда видишь, как угощают и живут подобного сорта люди, чувствуешь себя рядом с ними просто чернью. Считают, что он потратил 1500 рублей, и добрую часть из них уплатил Демидов[97]; впрочем, праздник завершился весьма трагически: несчастная Буане-Вевель[98], уезжая оттуда, простудилась и через сутки скончалась. Кроме того, в день свадьбы Монферран составил завещание, по которому после смерти оставляет всё своё состояние вдове, более того, надеется, что Император соблаговолит платить ей пенсию за его службу России, и как особой милости просит, чтобы его похоронили в Исаакиевском соборе[99]; по этому поводу я сказал и повторяю для тебя, так как считаю это удачной шуткой, что он подобен индусам, которые, умирая, обычно просят отнести их в хлев, чтобы ухватиться за хвост коровы — имущества, приносившего им при жизни самый большой доход.
Я всё забывал рассказать вам о младшей Хрептович[100], вернувшейся с вод ещё уродливей, чем была, и невероятно растолстевшей. Особенно руки у неё толсты до неприличия, прямо как ляжки; она много рассказывала мне о брате Альфонсе, лицо которого находит весьма интересным, но — сказала она с обиженной гримаской — он не попросил, чтобы его ей представили. Ещё хотел бы я знать, отчего во всех письмах из Сульца ты постоянно рассказываешь о сёстрах и никогда о брате. А я был бы рад подробно узнать твоё мнение о нём, так как почти не знаю его характера, поскольку с 15-летнего возраста мы росли отдельно.
Ваша история с Фердинандом[101] весьма меня позабавила, видно, он всё такая же скотина, и я никогда не понимал, почему за него выдали сестру, горе молоденькой! Видно, он неожиданно сделался очень обидчив, а ведь я помню время, когда он первый подшучивал над своей уродливой физиономией. Хотелось бы знать, приезжал ли при тебе в Сульц родственник моей матери[102]. Это чудный малый, и у него прехорошенькая жёнушка; уверен, оба тебе понравятся. Передай от меня множество дружеских пожеланий всему семейству во главе с папенькой, ну, а тебе скажу только, что я не отношусь к неблагодарным.
Я послал для тебя небольшое письмецо в большом, отправленном отцу, отчего же ты не пишешь о нём в своём последнем письме из Фрейбурга?
Тысяча извинений, мой драгоценный, что в письме моём столько помарок, но я всегда пишу так, как беседовал бы с тобою у камина, и не могу решиться писать с черновиков, это было бы слишком претенциозно и стесняло бы меня.
Едва не забыл сказать, что разрываю отношения с Супругой и надеюсь в следующем письме сообщить тебе об окончании своего романа.
XIV
Mon très cher ami ta dernière lettre m'a presque mis dans le cas d'être fâché de celle que je t'avais écrite, car je me suis étendu si en long et en large sur le bonheur et l'avantage que nous aurions tous les deux de demeurer très près de la France que tu crois maintenant que je suis au désespoir parce que la vente a manqué, rassure-toi, certainement, comme je t'écrivais, demeurer avec toi si près des miens aurait comblé mon idéal de bonheur, mais bien entendu il fallait commencer par y trouver son compte et faire une bonne affaire. Car si cette terre au lieu d'être un agrément et un revenu était devenue un gouffre qui aurait englouti continuellement sans jamais rien rapporter, elle serait devenue bien vite une charge. Comme tu me l'exposes très bien, les revenus n'auraient pas répondu aux capitaux qu'il fallait y placer, et puis avec de l'argent comptant l'on trouve toujours moyen de [se] caser commodément et agréablement.
C'est donc une affaire faite et n'en parlons plus que pour te dire que tout ce que tu feras ou voudras faire aura toujours d'avance mon approbation parce que je suis sûr qu'il n'est pas possible que l'on fasse mieux que toi, mon très cher. Ce que je te dis ressemble furieusement à un compliment, mais de moi à toi, c'est toujours le cœur qui parle et cela aussi autant que possible. Avant d'aller plus loin il faut que je te remercie pour tout ce que tu viens encore de faire pour moi et pour les miens; le résultat sera immense d'avoir chassé ce grand coquin de Delavilleuse que du reste j'ai toujours déclaré comme tel, ce qui me valait la plupart du temps des bourrasques paternelles, et une augmentation de confiance dans le coquin en question. Oh, que oui, c'est un grand bonheur pour toute la famille d'en être débarrassé et nous devons tous une fameuse chandelle pour ceci; outre que cela sera une augmentation dans les revenus de la maison, nous saurons après l'enquête que tu feras quelle est notre fortune, car jusqu'à présent je défie mon père de dire ce qu'il possède, et ce qui est énorme pour nous tous, c'est que papa a cédé sans faire de difficultés, c'est une preuve qu'il a une confiance aveugle en toi et qu'il suivra toujours tes conseils. C'est peut-être mal ce que je vais te dire et ce n'est pas aux fils à juger le père, mais comme je le pense, tu le sauras: quoiqu'il soit l'homme le plus honnête et le plus probe qu'il soit possible de trouver, il a eu toute sa vie besoin d'être mené, ce qui, comme tu peux bien le penser, a toujours ouvert un vaste champ aux coquins; aussi n'a-t-il jamais manqué d'en être entouré et ce qu'il y a de plus affreux à dire et à penser, c'est qu'il les a toujours trouvés dans sa famille et dans les plus proches parents, mais maintenant que tu es là et que tu es assez bon de t'occuper de nos biens, je vais te dire les réflexions que m'a fait faire la vue des papiers qui m'ont été confiés pendant les 6 mois que mon père m'avait permis de me mettre un peu dans ses affaires. Ma sœur t'aura probablement parlé d'une vieille histoire de journaux dans laquelle mon père a donné tête baissée malgré tous les avis de ma mère qui voyait parfaitement qu'il allait être victime de nouveau de quelques friponneries, car il faut le dire que ces mêmes personnes l'avaient déjà dupé 8 ans auparavant pour une somme de cent cinquante mille francs, que dis-je, au moins deux cent mille francs, car certainement les frais et les intérêts immenses qu'il a été obligé de payer pour se procurer cette somme, et les magnifiques terres qu'il a été obligé de vendre pour rembourser ses créanciers lui ont certainement fait un déficit aussi immense. Eh bien, cette affaire à peine terminée, il s'embarque dans une autre, toujours parce qu'il est persuadé que tout le monde est aussi honnête homme que lui, et ces individus prétendaient qu'ils avaient entrepris cette spéculation qui selon eux devait rapporter des sommes sûres, qu'ils avaient entrepris cette spéculation, dis-je, tout simplement pour gagner assez d'argent afin de le rembourser. Il croit à une belle phrase et se laisse aller, mais comme ces messieurs avaient mangé depuis très longtemps leurs fortunes respectives, mon père devait être garant de toutes les sommes que l'on serait obligé d'avancer pour mettre la chose en train et qui devaient rapporter des monceaux d'or. Aussi ce que toute personne sage avait prévu arriva: je te demande — un journal allemand rédigé à Paris! Mais comme ils avaient tous des appointements à toucher, ils ne cessèrent pas lorsqu'il virent au bout de quelque temps que la chose ne pouvait pas aller, et continuèrent à faire voyager en Allemagne des individus, à ce qu'ils prétendaient pour avoir des abonnés. Aussi avec beaucoup de peine, ils en rassemblent une centaine et au lieu de cesser comme il était temps encore, car le nombre d'abonnés ne suffisait pas même pour couvrir les frais d'impression, ils continuèrent à aller jusqu'enfin mon père déclarât qu'il ne fournirait plus d'argent, alors force fut d'abandonner la vache à lait, et cependant, pour laisser un souvenir, il déclarèrent à mon père qu'il se trouvait un déficit dans la caisse de 50 mille francs qu'il fallut payer; mon père fit alors un emprunt de cette somme à Versailles chez une dame où ces trois gaillards se reconnurent devoir payer chacun pour un quart; quelque temps après arrive la révolution. L'un, le mari de madame Adèle, celle qui fait la putain à Soulz, fait du sentiment, perd sa place, se trouve sur le pavé, et au lieu de payer sa part nous tombe sur les bras, l'autre, qui est le beau-frère de papa, même laisse sa famille dans la misère. Personne dans la famille, car papa a encore un frère et une sœur qui sont plus riches que lui et qui ont moins d'enfants, ne veut s'en charger; papa les prend à la maison et les entretient comme sans doute Nanine te l'aura dit; voilà une seconde part qu'il faudrait payer, mais voici justement où j'aurai recours à toi et où je te prierai de donner des conseils à Nanine. Deux des enfants de ma tante se sont parfaitement mariés grâce à la fortune, et comme je sais qu'il existe une déclaration signée par les enfants de mon oncle comme quoi ils reconnaissent toutes les dettes du père et qu'ils payeront dès qu'ils en auront les moyens, je crois que cela serait une duperie de supporter tous seuls la faute dans laquelle mon père a entraîné les miens; je crois que l'on devrait faire usage de cette déclaration qui existe et qui est déposée chez un notaire à Versailles, d'autant plus que ces deux-là se conduisent très mal pour leur mère à laquelle ils ne donnent aucun secours et ne rougissent pas de nous en laisser tout le fardeau. Je trouve que des gens comme cela ne méritent pas d'égards, mais il y a surtout le quatrième, un Monsieur von Genen qui se dit Hollandais et que je te recommande; c'était le rédacteur en chef, et qui a fait la plus belle part dans cette malheureuse affaire. Enfin figure-toi qu'il avait une grande bête de fille de 16 ans qui ne mettait jamais les pieds au bureau et cependant il avait le front de la porter sur le comptes pour mille francs d'appointements par an comme rédacteur à ce qu'il prétendait. Ceci c'est de l'histoire, car pendant que j'étais en pension à Paris c'était chez lui que je sortais, et jamais de la vie je l'ai aperçue dans le malheureux bureau. Il y a aussi une espèce d'homme d'affaires à Paris auquel j'ai écrit plus de dix fois pour avoir les comptes détaillés des mémoires qu'ils nous envoyaient et l'année dernière ma sœur m'écrivait qu'il n'avait pas encore donné de réponse; voilà pourquoi Alphonse doit aller à Paris pour terminer cette affaire; je t'avoue franchement que je ne crois pas mon frère capable d'une pareille mission et j'ai bien peur qu'il n'en soit pour ses frais de route; voilà pourquoi je voudrais que pendant que tu seras à Paris, tu ailles faire quelques visites à ces coquins, persuadé que je suis que tu feras en quelques jours plus qu'il ne pourrait faire dans un an, et puis il restera à la maison où maintenant sa présence sera absolument nécessaire. Quoique je t'aie donné tous ces détails de mémoire, je ne crois pas que je me sois trompé mais du reste tu pourras encore avoir tous les détails de Nanine qui est au fait de tout, quant au service que je te demande pour Paris je le fais sans façon persuadé que tu le refuseras de même si cela devait t'ennuyer.
J'ai une grande nouvelle à te donner et j'espère que tu la communiqueras avec les plus grands ménagements aux miens: la tante de Moscou est morte, et moi je l'ai su par le plus grand hasard ces jours derniers. J'étais dans une société de jeunes gens et remarquant qu'une des mes connaissances était en deuil, je lui demande machinalement qui il a perdu. Voilà qu'il me raconte que c'est sa grande'tante, et avec une quantité d'histoires sur la défunte et à telles enseignes qu'il me semblait de reconnaître le caractère de la chère femme; alors je lui dis: «Mais savez vous mon cher que vous aviez eu une tante qui ressemble furieusement à celle qui me reste à Moscou?» Figure-toi de mon étonnement et du sien après que je lui eus nommé la vieille tante; il m'a dit: «Mais c'est là justement la mienne qui vient de mourir, et jusqu'à présent je ne sais pas si elle m'a laissé quelque chose par son testament, mais ce qu'il y a de plus clair jusqu'à présent dans sa succession, c'est un nouveau cousin dont certainement je ne me doutais pas; mais comme il faut toujours tirer au clair, j'écrirai à Moscou pour avoir une copie du testament».
Figurez-vous mon plaisir, avant hier les Saltikoff sont revenus. Vera plus grosse que jamais et Pierre beaucoup meilleure mine et de meilleure humeur, ayant rapporté pour trente mille roubles d'armes, des choses vraiment magnifiques. Elle m'a fait cadeau d'une très belle pipe en écume de Vienne, je suis vraiment bien aise qu'ils soient revenus car ce sont de bien braves gens.
J'oubliais presque de te donner le résultat de mes démarches touchant la sœur de madame Jouvald.
Voilà ce que j'ai appris: elle avait épousé Monsieur Rouseau qui était entré au service de Russie. Il paraît qu'ils faisaient mauvais ménage ensemble ou bien le mari avait besoin d'argent, mais le fait est qu'il l'a vendue à monsieur Jouvald qui en était très amoureux. Il en a eu deux enfants qui se portent bien, quant à Madame elle est morte l'année dernière; j'ai eu tous ces détails de Linski qui connait beaucoup Monsieur Jouvald et qui l'a vu il n'y a pas un mois. Il était venu à Pétersbourg précisément pour affaires à cause de la mort de sa femme.
Jean vert me charge de te dire qu'il ne t'écrit pas cette fois parce qu'il n'a rien d'intéressant à te mander si ce n'est que l'Empereur à la dernière sortie ainsi que l'Impératrice se sont beaucoup informés de toi et ont demandé quand tu reviendras. L'Empereur a aussi été aimable avec moi et m'a causé pendant un grand quart d'heure au déplaisir d'un grand nombre de personnes qui crèvent de jalousie.
J'aurais encore bien des choses à te dire, mais cela sera pour une autre fois et je t'écrirai dans quelques jours ainsi qu'à Nanine; en attendant dis-leur mille choses de ma part.
Je t'embrasse comme je t'aime.
Je ne sais si tu pourras lire la fin de ma lettre mais je tombe de sommeil et n'y vois plus clair.
Pétersbourg, le 8 Décembre 1835.
[Петербург, 8 декабря 1835]
Любезный друг мой, после последнего твоего письма я почти огорчился из-за того своего, где я вовсю расписывал, как мы с тобой счастливо и прекрасно заживём рядом с Францией, так что ты теперь считаешь, будто я в отчаянии от неудавшейся покупки; успокойся — конечно, как я и писал, жизнь с тобою в такой близости от моих родных стала бы воплощением моего идеала счастья, но, само собой разумеется, прежде всего следовало думать о своей выгоде и чтобы это была удачная сделка. Ведь если бы эта земля, вместо того, чтобы приносить удовольствие и давать доход, сделалась пропастью, без конца только лишь поглощающей, не принося никакой выгоды, она скоро стала бы тяжким бременем. Как ты прекрасно мне доказываешь, доходы не соответствовали бы капиталу, какой необходимо в неё вложить; кроме того, имея наличные деньги, всегда найдёшь способ устроиться с удобством и приятностью. Ну, дело это решённое, и не будем больше о нём говорить, скажу лишь, что всё, что бы ты ни сделал или вознамерился сделать, я неизменно заранее одобрю, так как уверен, что лучше твоего, мой драгоценный, никто не сделает. Написанное чудовищно смахивает на комплимент, но я всегда говорю с тобой от чистого сердца, и сейчас тоже. Прежде чем продолжить, позволь поблагодарить за то, что ты только что сделал для меня и моих близких; это великое дело — прогнать проходимца Делавиллеза[103], которого, кстати, я давно так аттестовывал, только обычно это лишь вызывало гнев отца и ещё усиливало его доверие к этому негодяю. О да, для всей семьи большая удача — избавиться от него, все мы должны быть бесконечно благодарны за это; мало того, что увеличатся наши доходы, но после проверки, которую ты проведёшь, мы сможем точно узнать, каково наше состояние, ведь я до сих пор требую от отца сказать, чем он владеет; кроме того, нас всех потрясло, что папенька без возражений уступил тебе, — вот доказательство его слепого доверия и готовности во всём следовать твоим советам. То, что я сейчас тебе скажу, может быть дурно, и негоже сыновьям судить отца, но коль уж я так думаю, ты тоже это узнаешь: при том, что отец человек безупречно честный и порядочный, он всю жизнь нуждался в руководстве, а это, как понимаешь, неизменно открывало широкие возможности для проходимцев; они вечно роились вокруг него; но всего ужасней говорить и думать, что он всегда находил подобных людей в своей семье и среди близких родственников; сейчас, когда ты гостишь у них и по доброте своей занимаешься нашим имуществом, я поведаю тебе, какие впечатления появились у меня при просмотре наших бумаг, которые отец доверил мне, когда в течение полугода позволил мне немного войти в его дела. Вероятно, сестра расскажет тебе про давнюю историю с газетами, в которую отец бросился очертя голову, несмотря на все доводы матери, прекрасно понимавшей, что он опять станет жертвой какого-нибудь мошенничества; надобно тебе сказать, что восемью годами раньше те же самые люди надули его на сто пятьдесят тысяч франков, да что там, не менее, чем на двести тысяч, потому что именно во столько ему встали все издержки и огромные проценты, которые ему пришлось платить, чтобы добыть такую сумму; да и великолепные земли, которые он вынужден был продать, чтобы удовлетворить кредиторов, принесли ему такой же огромный убыток. И вот, едва покончив с этим делом, он впутывается в другое, опять-таки оттого, что убеждён, будто все люди такие же честные, как он сам; а они его уверили, что пошли на эту спекуляцию, повторяю, на спекуляцию, которая, по их словам, должна была приносить твёрдую прибыль, чтобы заработать сумму, достаточную для возмещения его потерь. Он верит красивым словам и позволяет себя втянуть в неверные дела, ну, а поскольку эти господа давно уже проели свои состояния, отцу пришлось выступать поручителем при получении денег, которые нужно было вложить, чтобы дать ход этому предприятию, и которые со временем якобы должны были принести горы золота. Ну, и произошло то, что мог предвидеть любой здравомыслящий человек: скажи на милость — немецкая газета, издающаяся в Париже! Но поскольку всем им необходимо было жалованье, они, увидев через некоторое время, что дело это безнадёжное, не остановились и продолжали посылать в Германию каких-то людей, якобы для поиска подписчиков. С большим трудом они набрали их около сотни, но вместо того, чтобы, пока не поздно, покончить с этим предприятием — ведь подписки не хватало даже на покрытие типографских расходов, — продолжали до тех пор, покуда отец наконец не заявил, что денег больше не даст; пришлось им расстаться с дойной коровой, но в качестве прощального подарка они объявили, что в кассе дефицит в 50 тысяч франков, и отцу пришлось уплатить; он взял эту сумму в долг у одной дамы в Версале, причём троица эта признала, что каждый из них обязан заплатить четвёртую часть; через некоторое время происходит революция. Один из них, муж мадам Адель (той самой сульцской потаскухи), пускается в любовные похождения, теряет место, оказывается на улице и, вместо того, чтобы выплачивать свою долю, садится нам на шею; другой папенькин родственник даже свою семью оставляет в нищете. Никто из папиной родни — а у него есть ещё брат и сестра, они богаче и у них меньше детей — не желает заниматься им; папа берёт его с семьёй к себе в дом и содержит[104]; Нанин[105], без сомнения, расскажет тебе об этом; это касательно второй доли долга, но здесь-то я прибегну к твоей помощи и попрошу дать совет Нанин. Двое детей моей тётушки сделали выгодные партии с большим приданым, а поскольку мне известно, что существует обязательство, подписанное дядиными детьми, где они признают все долги своего отца и готовы оплатить их, как только у них появятся средства, я полагаю, что было бы нечестно, если бы расплачиваться за отцовскую ошибку пришлось только моей семье; считаю, что надо бы дать ход этому обязательству — оно существует и хранится у нотариуса в Версале, тем паче что эти двое крайне недостойно ведут себя по отношению к своей матери, не дают ей никаких средств и, не краснея, взвалили эту ношу на нас. Я нахожу, что подобные люди не заслуживают снисхождения; однако особенно интересен четвёртый участник, некий господин фон Генен[106], именующий себя голландцем, и его-то я тебе рекомендую. Он был главным редактором и отхватил самый большой куш в этом злосчастном предприятии. Только представь себе, у него была дочь, глупейшая девица лет 16-ти, которая ни разу не ступила ногой в контору, и ему достало наглости внести её в счета как редактора с жалованьем в тысячу франков в год. Это давняя история, ведь я тогда был в пансионе в Париже, и меня отпускали оттуда к нему, но ни разу я не видел эту девицу в той треклятой конторе. Есть ещё один делец в Париже, более десяти раз я писал ему, требуя подробно отчитаться о предъявлявшихся нам счетах, но, судя по прошлогодним письмам сестры, он так и не ответил; поэтому Альфонс и должен ехать в Париж, чтобы покончить с этим делом; откровенно говоря, я не верю, что брат способен выполнить подобную задачу, и боюсь, что он только зря потратится на дорогу; потому я и хотел бы просить тебя, когда будешь в Париже, нанести визиты этим негодяям, поскольку вполне уверен, что ты за несколько дней добьёшься большего, чем он за год; вдобавок, тогда он сможет остаться дома, где теперь его присутствие будет совершенно необходимо. Все эти подробности я изложил тебе по памяти, но не думаю, что ошибся; впрочем, ты сможешь уточнить их у Нанин, она в курсе всего; я так без церемоний прошу тебя об этой услуге, когда ты будешь в Париже, ничуть не сомневаясь, что ты так же откровенно откажешь, если это будет для тебя затруднительно.
Есть и ещё одна важная новость, надеюсь, ты передашь её моим родным с предельной деликатностью: скончалась московская тётушка[107], и на днях я совершенно случайно узнал об этом. Я был в обществе молодых людей и, обратив внимание, что один знакомый носит траур, машинально поинтересовался, кого он потерял. Он отвечает, что умерла его двоюродная бабушка, и рассказывает о покойной множество историй, да с такими приметными подробностями, что я словно узнаю характер дорогой родственницы; тогда я говорю ему: «А знаете ли, дорогой мой, ваша тётушка была невероятно похожа на мою, что живёт в Москве?» Представь наше с ним удивление, когда я назвал имя старушки, а он говорит: «Так это и есть моя тётушка, она недавно умерла, и я до сих пор не знаю, оставила ли она мне что-нибудь по завещанию, зато теперь касательно наследства стало ясно одно, что среди наследников появился ещё один кузен, о котором я и не подозревал; ну, поскольку во всём нужна определённость, я напишу в Москву и попрошу копию завещания».
Вообразите мою радость — позавчера возвратились Салтыковы[108]. Вера стала ещё толще, а Пьер и выглядит лучше, и в добром настроении, он привёз на тридцать тысяч рублей разного оружия, вещей, поистине великолепных. Она подарила мне прекрасную пенковую трубку из Вены, я в самом деле весьма рад их приезду, они такие славные люди.
Едва не запамятовал рассказать, какие сведения я получил о сестре мадам Жувальд[109].
Вот что я разузнал: она вышла замуж за месье Рузо [?], поступившего на службу в России. Кажется, что то ли они не ладили между собой, то ли муж нуждался в деньгах, но суть в том, что он её продал месье Жувальду, который был безумно в неё влюблён. У них родилось двое детей, которые чувствуют себя хорошо, она же в прошлом году умерла; всё это я узнал от Ленского, он близко знаком с месье Жувальдом и виделся с ним меньше месяца назад. Тот приезжал в Петербург по делам, связанным со смертью жены.
Жан-Вер просит передать, что не пишет тебе в этот раз, так как у него нет для тебя ничего интересного, если не считать того, что во время последнего выхода[110] Император, а также Императрица много расспрашивали о тебе и интересовались, когда ты вернёшься. Со мною Император тоже был чрезвычайно любезен и беседовал добрую четверть часа к неудовольствию многих снедаемых завистью лиц.
Я мог бы рассказать ещё о многом, но оставим это до следующего раза, через несколько дней я снова напишу тебе и Нанин, а пока что передай им мои наилучшие пожелания.
Обнимаю тебя так же, как люблю.
Не знаю, сумеешь ли ты разобрать конец письма, но я так хочу спать, что просто с ног валюсь, и почти ничего не вижу.
Петербург, 8 декабря 1835.
XV
Pétersbourg, le 19 Décembre 1835
Je suis sûr, mon cher ami, que tu diras en recevant ma lettre qu'il vaut mieux tard que jamais et je l'aurai un peu mérité, car voilà déjà longtemps que je ne t'ai pas écrit de ces grandes lettres qui du reste (quoi que tu dises pour m'encourager) sont mal écrites et fort mal tournées, mais qui du moins ont le mérite de reproduire fidèlement tout ce que je ressens lorsque je pense à toi. Nous avons eu une quantité d'exercices et de répétitions de parades pour une bande d'autrichiens auxquels les manœuvres de Kaliche n'ont pas suffi et qui viennent encore à Pétersbourg pour nous regarder comme des bêtes curieuses et pour attraper des cordons; et puis j'avoue que les plaisirs ont aussi été un peu cause de ma paresse; le jour exercice, la nuit bal, de sorte que j'ai passé ces quinze jours à dormir chaque fois que je ne faisais ni l'un ni l'autre. Ne me gronde pas par ta prochaine lettre de m'être un peu trop amusé, mais maintenant que tout est fini, je te dirai qu'il m'a bien fallu rattraper un peu le temps perdu, car je suis resté deux mortels mois dans ma chambre à me soigner et à avaler des drogues, chose qui [n'] est nullement divertissante. Aussi maintenant Dieu merci je ne souffre plus du tout, il est vrai que je suis couvert de flanelle comme une femme qui relève de couches, mais ceci a le double avantage de me tenir chaud, puis de remplir le vide de mes habits qui sont devenus comme des sacs car j'ai maigri d'une manière extraordinaire; j'espère que tu dois être content, je ne ménage pas les détails. Je vais aussi te donner un aperçu de ma manière de vivre; je dîne tous les jours à la maison, mon domestique s'est arrangé avec le cuisinier de Panine qui me fournit déjeuner et dîner, très bons et très copieux, pour 6 roubles par jour, et moi je suis persuadé que c'est le peu de variété dans ma cuisine qui me fait beaucoup de bien, car mes maux d'estomac ont presque totalement disparu. J'ai été excessivement content de mon domestique pendant ma maladie. Il a eu le plus grand soin de moi, et je me le crois sérieusement attaché, mais il est d'une bêtise et d'un entêtement quelquefois révoltant; ce qui compense encore ces deux défauts c'est qu'il est parfait honnête homme, et ces hommes-là sont rares à Pétersbourg.
Voilà pour l'homme qui me sert, je vais maintenant te parler de mes chevaux dont je suis aussi très content quoiqu'ils me donnent beaucoup de tracas. Au commencement de notre rentrée en ville il m'a été impossible de trouver une seule écurie dans toute la Perspective, si ce n'est une excessivement loin de chez moi et pour laquelle on demandait 30 roubles par mois et 6 mois d'avance, et le cocher devait coucher à l'écurie. Tu penses bien que je n'ai pas accepté le marché, sur ces entrefaites, heureusement pour moi, il crève deux chevaux à Engelgart, qui demeure maintenant dans la maison Démidoff: il m'a offert les places qu'il avait vidées, ce qui m'a beaucoup arrangé; mais maintenant je suis de nouveau sur le pavé avec mon équipage, comment trouves-tu le calembour?, car il a fait venir des chevaux de l'intérieur. Cependant mon Antoine m'a annoncé ce matin qu'il était en négociation avec un tailleur, pour avoir son écurie, qui me la cédera, je crois, à un prix très raisonnable.
L'orage a éclaté, Troubeskoy, Gervet, et Zerkovski ont été passés à l'armée; on leur a donné 48 heures pour se préparer, puis trois feldjagerds sont venus les prendre, Gervet a été conduit au Caucase, Troubeskoy en Besse Arabie, et Zerkovsky à 300 verstes de Moskou. Nous avions espéré que cela fait, l'Empereur s'apaiserait contre notre régiment, mais nous avons eu un guignon incroyable; après avoir fait les répétitions de la parade, les unes meilleures que les autres, le grand jour arrive; nous avons tellement peur tous de mal aller devant Sa Majesté que la frayeur nous paralyse et que décidément nous avons été comme un tas de conscrits, aussi le lendemain 4 officiers au Corps de Garde, dont heureusement je n'étais pas. [Et] puis ce qu'il y a de pire c'est que le pauvre Coutoussoff, sans lui dire un mot, a été passé à l'infanterie. J'oubliais de te dire que le prince Troubeskoy avait été de suite à Zarske Selo pour remercier l'Empereur de ce qu'il avait fait un officier d'armée de son fils; 'histoire ne dit pas encore si le père de Coutousoff en fera autant, tu vois qu'il faut se tenir serré si l'on veut se promener à la Perspective pour prendre l'air et qu'il ne faut pas faire grande chose pour aller en cage, car décidément le temps est gros, et même très gros, et il faut beaucoup de précautions et de prudence si l'on est décidé à mener sa barque sans se heurter.
Mon cher ami, j'ai usé de ta permission pour aller chercher 500 roubles chez Klein et je t'avoue franchement que j'en ai été bien heureux car je ne savais plus où donner de la tête. Il a été excessivement aimable et m'a donné l'argent tout de suite sur un billet semblable à celui que je fais tous les premiers du mois quand je touche les 500 roubles. Quant à ton argent il l'avait déjà expédié. Il m'a dit qu'il l'avait fait comme tu peux bien le penser avec la plus grande économie.
Mes chemises ne sont pas arrivées et n'arriveront pas de si tôt, Creptovitch m'a annoncé qu'elles avaient été oubliées à Dresde, et qu'on me les expédierait par le premier courrier qui passerait par là, et ceci peut durer pas mal de temps. Malgré cela je n'achèterai pas de chemises au magasin comme tu me l'avais conseillé car voilà ce que j'ai fait: Alexandre a laissé ici 7 de ses vieilles chemises que j'ai fait m'arranger et j'espère qu'elles m'aideront à attendre les autres.
J'ai écrit une lettre à mon père. Il y en avait une pour toi. Si tu savais combien toutes les lettres de Soulz m'amusent et combien je vois que tu as attrapé juste sur le caractère de toutes les personnes que tu vois, surtout Nanine tu l'as parfaitement bien jugée, ce n'est pas une jolie personne, mais c'est véritablement une fille de mérite, qui est un trésor pour la famille et sans elle je suis sûr qu'Alphonse ne pourrait rien faire car depuis le temps que tu es à Soulz tu as pu voir par toi-même que mon père ne se laisse pas volontiers conseiller, et qu'il n'a de confiance pour ses propres intérêts que dans les étrangers, à l'exception de Nanine qu'il est accoutumé à voir au moins déjà depuis 8 ans mener la maison, car dans les dernières années de la vie de maman, elle se trouvait déjà à la tête de tout, tandis qu'Alphonse n'était qu'un enfant, de sorte que Nanine a pour elle l'habitude qu'a eue papa de la voir tout diriger, ce qui est mieux pour elle.
J'oubliais presque de te dire que j'ai reçu une grande lettre de Nanine dans laquelle je vois qu'elle se torture l'âme ainsi qu'Alphonse pour savoir comment ils feront pour te faire accepter du vin de paille qu'ils prétendent que tu trouves si bon et m'envoient une liste de ruses de comédie pour te le donner d'une manière détournée, et pour cela on me demande conseil. Mais comme nous ne sommes pas sur un pied à nous faire des petites surprises, je te prie de l'accepter tout simplement, ou bien je m'en ferai envoyer à Pétersbourg, ce qui sera la même chose et plus commode pour toi, seulement je les prierai de faire savoir à Monsieur Morty à Lubek qu'il viendra une caisse de vin à ton adresse pour qu'il la soigne bien.
Embrasse pour moi toute ma famille, dis-leur que je les aime de cœur, et toi je t'embrasse comme je t'aime, fort et longtemps.
Петербург, 19 декабря 1835
Уверен, мой дорогой друг, что, получив это письмо, ты скажешь: «Лучше поздно, чем никогда», и замечание это будет, в общем-то, заслуженным, ведь я давно уж не писал тебе длинных писем, которые, впрочем (что бы ты ни говорил мне в ободрение), плохо написаны, да к тому же дурным слогом, но они обладают хотя бы тем достоинством, что верно передают всё, что я чувствую, думая о тебе. У нас было множество учений и репетиций парадов для шайки австрийцев, которым мало было манёвров в Калише, и они приехали в Петербург, чтобы любоваться на нас, точно на диковинных зверей, да ловить орденские ленты; вдобавок признаюсь, что и увеселения в какой-то мере были причиной моей лености: днём на ученье, ночью на балу, вот так и провёл я эти две недели, а спал только когда не был занят ни тем, ни другим. Не брани меня в следующем письме за то, что я сверх меры развлекался; теперь, когда всё позади, скажу, что мне пришлось навёрстывать упущенное время, поскольку два смертельно долгих месяца я просидел дома, лечась и глотая лекарства, — занятие отнюдь не весёлое. Теперь же, слава Богу, я совершенно здоров, правда, кутаюсь во фланель, словно женщина после родов, но в этом двойная польза — она меня не только греет, но и заполняет пустоты в моих мундирах, которые висят на мне, как мешки, так неимоверно я исхудал. Надеюсь, ты доволен, я не скуплюсь на подробности. Вот краткое описание моего образа жизни: ежедневно я обедаю дома, слуга договорился с поваром Паниных[111], который снабжает меня обедом и ужином, очень вкусными и сытными, за 6 рублей в день, и я убеждён, что такое отсутствие разнообразия моего стола идёт мне на пользу, поскольку боли в желудке почти совсем прошли. Я был чрезвычайно доволен своим слугой во время болезни. Он прекрасно за мною ухаживал и, кажется, сильно ко мне привязан, но порою бывает возмутительно глуп и упрям; однако эти его недостатки восполняются абсолютной честностью, а такие люди в Петербурге редки.
Это о слуге, а теперь расскажу о своих лошадях: я очень ими доволен, хотя и хлопот они доставляют немало. В самом начале по возвращении в город не было никакой возможности найти на всей Перспективе[112] конюшню — сыскалась только одна, да и та слишком далеко от меня, причём просили 30 рублей в месяц и за 6 месяцев вперёд, вдобавок кучер должен был ночевать в конюшне. Как сам понимаешь, я не согласился на эти условия, и тут, к моему везению, у Энгельгарта[113], а он сейчас живёт в доме Демидова, пали две лошади; он предложил мне освободившиеся места, и это вполне меня устроило; но сейчас ему прислали лошадей из деревни, и я снова оказался со своим выездом на улице (как тебе нравится каламбур?). Правда, мой Антуан утром объявил, что он сговаривался с портным, и тот уступает мне свою конюшню, кажется, по весьма разумной цене.